Les colères de PGL

Qu'on le dise haut et fort: la colère de Paul Gérin-Lajoie, exprimée cette semaine sous forme de manifeste, est un antidote contre l'apathie qui engourdit nos sociétés.

Son âge est honorable — 87 printemps — et sa feuille de route impressionnante. Il suffit de prononcer «PGL» pour voir l'homme fort de Jean Lesage, celui qui fut le premier titulaire du ministère de l'Éducation, à l'époque des «vraies» réformes lancées par le rapport Parent.

Animé de grandes ambitions en matière de coopération internationale, il a prêté son engagement à l'Agence canadienne de développement international (ACDI), qu'il a présidée. En 1977, il a créé la Fondation Paul Gérin-Lajoie, dont la noble mission consiste à soutenir l'éducation des enfants jusqu'en Afrique francophone et en Haïti. Comme il l'a souhaité, la désormais célèbre dictée P.G.L. est encore un outil de financement et une manière de lier les écoliers d'ici à ceux de là-bas.

La richesse de son curriculum vitae lui garantirait sans l'ombre d'un doute un laissez-passer vers les douceurs de la retraite. Mais le repos de PGL réside ailleurs. Poing levé, voix indignée, prunelles enflammées, l'homme affiche une formidable constance dans l'engagement, devant laquelle on ne peut que s'incliner.

«Je suis en colère, en maudit, face à ce que je vois dans le domaine de la coopération internationale!», s'emportait-il cette semaine devant le Conseil des relations internationales de Montréal. Dressant la liste des droits bafoués des enfants, qui provoque en lui cette «colère du coeur», M. Gérin-Lajoie y présentait l'essence de son manifeste de... 7500 mots.

Ce document, qui appelle à un engagement collectif, provient «d'un homme qui en a tellement dans les tripes, à dire et à redire, qu'il ne veut pas s'arrêter tant que la machine qui lui a été donnée par le Seigneur ne s'arrêtera pas», comme il le confiait lui-même mercredi.

C'est sûrement dans cette vivacité que le ministre de l'Éducation d'alors avait puisé pour imposer un réseau d'écoles publiques à un clergé courroucé. C'est encore cet emportement qui le fait rager aujourd'hui devant l'insoutenable vision d'enfants délaissés. «Abandonner ces enfants à leur sort? Je dis: "Jamais!"» C'est la même impatience qui a embrasé son regard quand il a visité récemment une école secondaire de Montréal dont le toit coulait comme une passoire.

Dans un monde où l'inertie et l'indifférence semblent guider bon nombre de politiques — et de politiciens! —, dans cette société qui ne se permet pas assez de sautes d'humeur, qu'il est bon de saluer ces hommes qui ne décolèrent pas. Chapeau bas, M. Gérin-Lajoie!

machouinard@ledevoir.com

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