À quand le vrai plan?

Le Plan santé et services sociaux que les ministres François Legault et Roger Bertrand ont rendu public, hier, aurait plutôt dû s'intituler «Annexe au rapport Clair». Ce que nous disent les deux ministres responsables de ce secteur névralgique, c'est qu'on connaît désormais les remèdes pour soulager le malade, mais qu'on n'a toujours pas trouvé l'argent pour se les procurer.

Le Plan santé du ministre François Legault énumère, en une quarantaine de pages largement illustrées, les mesures qui devraient être mises en place pour régler les problèmes les plus criants du système de santé. Ces mesures visent l'organisation, la gestion et le financement du réseau.

Pour l'organisation, le Plan santé propose notamment de créer les 300 groupes de médecine familiale déjà promis, d'uniformiser les services en CLSC, de fixer un délai d'attente maximum pour une intervention chirurgicale, de désengorger les urgences, d'accentuer les efforts de prévention et d'étendre l'offre de soins à domicile.

En matière de gestion, on entend publier une évaluation annuelle de la performance des institutions, assurer la présence de ressources partout et en tout temps sur le territoire et revoir les conventions collectives pour assouplir l'organisation du travail. Le plan évalue à 32 800 le nombre de professionnels qu'il faudra recruter d'ici cinq ans, dont 8500 infirmières. Pour y parvenir, il suggère de revoir les tâches et responsabilités de chacun et de rendre plus attrayant le travail permanent du personnel infirmier.

Enfin, le plan aborde ce que le ministre Legault identifie comme étant le noeud du problème: le financement du système. On évalue à 1,8 milliard par année la mise en oeuvre du plan lui-même, somme qui s'ajouterait aux plus de 17 milliards actuels. À long terme, les chiffres sont encore plus spectaculaires puisque le ministère estime à 5,2 % par année la croissance prévisible des coûts de la santé, une vitesse de croisière sensiblement plus élevée que celle des revenus de l'État. D'ici vingt ans, si aucune solution n'est trouvée, l'écart entre les sommes disponibles et les besoins pourrait atteindre 14 milliards chaque année, soit l'équivalent du budget total du ministère il y a moins de cinq ans.



Voilà donc un bon document de travail. Malheureusement, là s'arrêtent les fleurs, car nous n'avons pas devant nous des engagements du gouvernement, comme on aurait pu s'y attendre, mais une évaluation des besoins prioritaires à combler rapidement et des coûts qui y sont rattachés. Or, le ministre Legault n'a ni la somme de 1,8 milliard dont il aurait besoin à court terme pour réaliser cette mise à niveau du réseau ni même les solutions à plus long terme qui permettraient d'espérer combler l'important manque à gagner prévu.

On se demande en fait pourquoi le ministre a rendu public ce Plan santé, si ce n'est pour s'en servir comme outil de pression au sein de son propre conseil des ministres en préparation du prochain budget. À moins que ce ne soit pour indiquer à Ottawa où loge le Québec en matière de réformes à entreprendre et de besoins financiers correspondants, à quelques jours de la publication du rapport Romanow. Deux hypothèses qui ne sont pas contradictoires...

Au passage, le document se veut aussi une réponse claire aux deux partis d'opposition qui affirment pouvoir à la fois améliorer le système de santé et réduire les impôts. François Legault est catégorique, et il a raison: ceux qui promettent le beurre et l'argent du beurre sont des imposteurs! Quant à la solution avancée par l'ADQ de laisser les riches se faire traiter dans le secteur privé pour réduire les coûts du public, l'évaluation sommaire produite par le ministère conclut à des économies d'une quarantaine de millions à peine, soit une demi-goutte d'eau dans l'océan des presque 18 milliards de dépenses publiques en santé.

On comprend M. Legault d'avoir publié ce document si son objectif était de faire la démonstration qu'il faut revoir le financement du système pour assurer sa pérennité. Il n'y aura pas de solution facile, quelqu'un devra payer. Mais étant donné l'état difficile de la situation actuelle, on se serait attendu à un vrai plan d'action appuyé par l'ensemble du gouvernement. Il y a deux ans, le rapport Clair avait déjà identifié les problèmes et suggéré plusieurs pistes de solution. Il ne manquait que l'évaluation des coûts et le moyen de les financer. Aujourd'hui nous savons, alors que fait-on?

jrsansfacon@ledevoir.ca