Une promesse inutile

Il se dit bien des choses pendant une campagne électorale, mais la plupart sont oubliées aussitôt le nouveau gouvernement élu. Ainsi, on se rappellera cette promesse de Bernard Landry de donner le droit aux parents de jeunes enfants de prendre une journée de congé par semaine pour vaquer à leurs occupations domestiques. Une proposition généreuse, certes, mais que personne n'avait revendiquée et dont personne n'avait évalué les conséquences sur le revenu des familles ou le fonctionnement des entreprises. Quatre années sont passées depuis ces élections et aujourd'hui plus personne n'en parle, pas même le PQ dont la plate-forme électorale n'en fait pas mention.

Ainsi en sera-t-il de cette promesse de l'ADQ d'abolir les commissions scolaires. Pas plus que le Parti québécois en 2003 le parti de M. Dumont ne prendra le pouvoir à la fin de mars, ce qui nous autorise à pousser un soupir de soulagement. Car voilà bien une de ces idées d'allure simple dont la mise en application est d'une grande complexité.

Abolir les commissions scolaires, cela implique de confier l'entretien des écoles (et la taxe scolaire) aux municipalités, qui, pour la vaste majorité, n'ont qu'un hôtel de ville à gérer. On pourrait toujours laisser les écoles primaires aux petites municipalités et les polyvalentes aux MRC et aux grandes villes, mais pourquoi? Imaginez le maire Tremblay ajouter deux ou trois grosses commissions scolaires à son réseau déjà peu efficace et très coûteux des 19 arrondissements. Vous voyez ça d'ici, le maire d'Hérouxville imposer son nouveau code de vie aux enfants du primaire?

Plus sérieusement, pensons au casse-tête syndical. Qui serait le patron? La Ville ou le ministère de l'Éducation? Quel régime de retraite serait en vigueur, celui des cols bleus de Montréal ou celui des employés du gouvernement?

La structure même des commissions scolaires n'est sans doute pas nécessaire et, si c'était à refaire, on pourrait facilement imaginer quelque autre formule administrative plus efficace. Il existe des dizaines d'exemples de pays où la responsabilité de gérer les écoles, en tout ou en partie, est assumée directement par le ministère ou, au contraire, par des instances locales. Au Québec, on a déjà envisagé de confier le transport scolaire aux municipalités en leur suggérant d'offrir du transport en commun à leurs citoyens. Mais on s'est ravisé devant l'ampleur des coûts et la complexité de l'opération.

D'où nous vient cette obsession de vouloir changer les structures comme moyen privilégié de régler les problèmes? Depuis le temps qu'on s'y adonne, on devrait pourtant savoir qu'il y a rarement des économies à faire dans ce petit jeu d'organigrammes.

Nos écoles et nos municipalités manquent d'argent, c'est vrai, et la démocratie scolaire ne se porte pas très bien, c'est aussi vrai. Mais on ne réglera pas ces problèmes en rebrassant une fois de plus les cartes de la gestion locale, déjà très mêlées depuis l'opération fusions-défusions. Oublions ça et passons à autre chose.

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