La bataille de GM

C'est désormais un secret de Polichinelle: GM étudie sérieusement l'achat de Chrysler depuis une bonne semaine. Cette nouvelle a surpris par la rapidité avec laquelle les principaux acteurs se sont manifestés depuis le dévoilement, plus tôt ce mois-ci, du régime minceur (13 000 emplois supprimés, dont 2000 au Canada) décrété par l'actionnaire majoritaire, soit Daimler-Benz.

Pour plus d'un économiste versé en faits automobiles, un mariage entre le numéro un et le numéro trois des États-Unis ne ferait que multiplier par deux la somme des problèmes auxquels GM est d'ores et déjà confronté. Pour d'autres, une telle fusion déboucherait sur une soustraction à long terme de ces mêmes problèmes.

Dans le camp des pessimistes, la première des raisons évoquées a trait à la pression financière plus marquée qu'aura le régime d'assurance santé des retraités de Chrysler sur le profil financier de GM considéré d'ailleurs comme fragile. On estime qu'avant de conclure toute entente, GM doit impérativement négocier un certain nombre de concessions de la part des Travailleurs unis de l'automobile (TUA).

Cette raison mise à part, on s'interroge sur la capacité de GM de trouver une solution à un problème d'autant plus complexe qu'il oblige la prise en compte des lois de chaque État concernant la franchisation d'une marque, d'un produit. On pense évidemment aux concessionnaires Chrysler qui, pour des raisons historiques et économiques que l'on devine, sont toujours situés à proximité de ceux défendant les couleurs de GM.

Si jamais GM fait l'achat de Chrysler, le contentieux de la première sera confronté à un dédale de juridictions qui semble inextricable de prime abord, alors que les comptables de l'entreprise devront calculer les millions et les millions destinés au rachat des concessions. Sur ce front, certains vont jusqu'à craindre que GM soit le sujet de plusieurs poursuites.

Dans le camp de ceux qui militent pour une telle alliance, on avance tout d'abord le coût afférent à un tel geste. Daimler-Benz semblant pressé de vendre un canard boiteux, GM pourrait devenir propriétaire de celui-ci en payant un «petit» prix. Il faut préciser qu'au sein de la haute direction de Daimler, le bloc rassemblant les partisans de la vente rapide ayant le dessus sur les autres, GM entend tout logiquement tirer profit de cela. Car si les choses devaient traîner en longueur et permettre ainsi aux personnes chargées par l'actuel actionnaire de Chrysler de mener à bien le plan de restructuration, dans un an, le prix de Chrysler serait passablement plus élevé.

Cela étant, les partisans de la fusion assurent que la combinaison des deux constructeurs américains favoriserait l'économie de millions et de millions de dollars. Par exemple, on calcule que GM serait en mesure de diminuer passablement le nombre de cols blancs.

En attendant la suite du feuilleton industriel de l'année, une chose est sûre: GM ne veut pas abandonner son titre de numéro un mondial à Toyota.

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