La pilule de Bush

À peine le président Bush avait présenté son budget 2008 qu'il a essuyé un tir de barrage de la part des démocrates. On dira que c'est de bonne guerre. Sauf que la montée de lait de la nouvelle majorité cache un malaise. Car, sur plus d'un front, Bush l'a coincée.

Les grandes lignes du budget arrêté pour l'exercice financier commençant le 1er octobre dernier sont les suivantes: une augmentation de 11 % a été allouée à la défense et à la sécurité intérieure; l'éventail de déductions fiscales accordées à la tranche la plus fortunée des Américains a été reconduit pour cinq autres années; la hausse du pouvoir de dépenser du gouvernement fédéral a été limité à 1 %; l'équilibre du budget a été fixé à 2012. Pour atteindre cette cible sans contrarier les militaires et les industries qui gravitent autour d'eux, des coupes ont été commandées. Les victimes? Les programmes de santé et d'éducation.

Cela rappelé, attardons-nous un instant aux récents faits financiers conçus et adoptés par les démocrates. Élu gouverneur de l'État de New York en novembre dernier, le démocrate Eliot Spitzer a décidé de réduire substantiellement les sommes réservées annuellement au réseau de la santé de cet État. Et ce, avec la caution des sénateurs démocrates Charles Schumer et Hillary Clinton. Entre les coupes de Bush et celles de Spitzer, l'enveloppe médicale va être amputée d'au moins un milliard de dollars américains. Il y a pire.

En effet, une semaine avant que la Maison-Blanche ne communique son budget, la majorité démocrate a voté une loi, sans tambour ni trompette, prévoyant que le fédéral ne pourrait pas hausser ses dépenses de plus de 1 % par année. L'objectif? Prendre le chemin de l'équilibre budgétaire d'ici quelques années. Passons maintenant à la chose militaire.

Depuis la démission de Donald Rumsfeld comme patron du Pentagone, un changement plus que sémantique a été réalisé. Plutôt que d'imposer certains paramètres aux militaires, comme Rumsfeld avait coutume de le faire, on préfère leur demander désormais: qu'est-ce qu'il vous faut pour gagner la guerre en Afghanistan et en Irak? À ce changement, bien des démocrates ont adhéré.

De fait, lorsqu'on prend en considération ou, plus exactement, lorsqu'on trace une diagonale entre les positions et politiques défendues et votées par les démocrates au cours des dernières semaines, d'une part, et celles avancées par Bush dans son budget, d'autre part, on ne peut que constater ceci: le président leur tend depuis hier un piège duquel ils auront bien des difficultés à s'extirper. En clair, le président a été malin dans tous les sens du terme.

Que les démocrates crient au scandale en évoquant les coupes dans la santé, et illico les républicains auront beau jeu de les renvoyer aux décisions prises par leurs frères d'armes de l'État de New York. Idem pour la limitation du pouvoir de dépenser et la discipline budgétaire qu'elle implique. Bref, les démocrates ont été mis en échec.

En fait, il est plus que probable que Bush, par budget interposé, cherche à réaliser un troc avec la majorité démocrate. Il va vraisemblablement demander un soutien plus ferme de leur part en ce qui a trait à sa politique de défense et de sécurité intérieure, en échange d'un réaménagement des sommes qui vont à la santé et à l'éducation.

Dans le monde économique, lorsqu'une entreprise entend contrecarrer les visées de ses adversaires, elle se dote parfois d'une poison pill (une pilule empoisonnée). C'est exactement ce que vient de faire Bush à l'endroit des démocrates, en y ajoutant une bonne dose d'intrigues politiques.

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