L'homme de l'Ouest

Malgré les pressions exercées par la poignée de ministres conservateurs du Québec, par l'opposition et par le gouvernement Charest, le premier ministre Stephen Harper a tranché: Boeing décidera elle-même où dépenser les milliards exigés en contrepartie de l'achat par le Canada de quatre avions géants pour la Défense nationale. Pas d'appel d'offres, aucun souci de répartition régionale, que le plus fort gagne!

Depuis leur arrivée au pouvoir, il y a un an, les conservateurs ont mis l'accent sur les dépenses militaires comme rarement un gouvernement canadien l'avait fait en temps de paix. Fort de l'appui d'une majorité de Canadiens à la présence militaire en Afghanistan, ce gouvernement croit qu'il a les coudées franches pour ajouter 5,3 milliards au budget de la Défense d'ici cinq ans, et une vingtaine de milliards supplémentaires pour l'achat d'équipements militaires.

Il va de soi qu'une armée a besoin d'équipements de qualité. On a suffisamment ri des vieux hélicos, le temps est venu de moderniser l'arsenal. Le problème n'est donc pas là, mais sur le choix des équipements, sur les procédures à suivre et les retombées économiques pour le pays.

Les conservateurs transgressent toutes les règles. Alors que l'achat d'équipements devrait correspondre aux orientations que le pays entend donner à son armée, on ne connaît toujours pas le Plan de capacité militaire, traduction libre du Defense Capability Plan, attendu depuis des mois. En fait, l'armée veut tirer son épingle du jeu rapidement en profitant de la présence d'un gouvernement on ne peut plus sensible à ses demandes. Son état-major a confectionné une liste d'épicerie exhaustive qu'elle s'est empressée de faire adopter par le bureau du premier ministre: avions-cargos, avions de recherche et de sauvetage, hélicoptères, navires pour le transport d'équipements, camions, et ainsi de suite.

En temps normal, l'armée fixe les caractéristiques des équipements nécessaires à partir de son Plan, le gouvernement donne son aval et confie la responsabilité des achats aux fonctionnaires de Travaux publics. Or, cette fois-ci, l'armée a imaginé des exigences qui ne laissent place à aucune concurrence. Ainsi, tant les 16 hélicoptères Chinook (2,7 milliards de dollars) que les 17 Hercules (5 milliards) et les 4 Boeing C 17 (3,4 milliards) n'auront pas fait l'objet d'appels d'offres. Pourtant, dans chaque cas, des produits concurrents existent. Combien paierons-nous de trop pour cette coquetterie militaire?

Et encore! Si cette façon de faire exceptionnelle avait pour objectif de favoriser l'économie canadienne! Au contraire, les Boeing seront fabriqués et entretenus aux États-Unis, et Ottawa ne sait pas où ni comment Boeing dépensera l'équivalent en achats de biens et services canadiens au cours des années du contrat. Étant donné l'importance qu'occupe l'aéronautique dans l'économie du Québec, deux ministres conservateurs, MM. Bernier et Fortier, ont vainement tenté de convaincre leurs collègues de forcer Boeing à investir au moins 40 % des 3,2 milliards du contrat ici. Mais cédant aux pressions des députés du reste du pays plus nombreux et plus influents, M. Harper en a décidé autrement. Boeing sera donc libre d'encourager, en priorité, ses propres alliés qui sont surtout concentrés en Ontario et dans l'Ouest.

Au lieu de recevoir la moitié des retombées d'achat et d'entretien à long terme de cet important contrat dont le coût équivaut à la construction des deux grands centres hospitaliers montréalais — comme le soulignait André Boisclair, avec justesse —, le Québec pourrait même subir les contrecoups d'un renforcement de la concurrence des autres provinces. Cela n'a aucun sens!

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j-rsansfacon@ledevoir.com

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6 commentaires
  • jean claude pomerleau - Inscrit 6 février 2007 08 h 11

    Le stratège derrière le rideau.

    Le stratège en Chef qui a permit à M Harper de gagner quelques précieux comtés dans la région de Québec qui lui ont permi d accéder au pouvoir est M Brian Mulroney: Le stratège derrière le rideau. C est lui le "deals makers" de l achat de ces BOEING qui aura comme conséquence de décentrer l industrie de l avionnerie au Canada. Dans ce "deal" le Québec va contribuer un milliard pour destructurer son industrie de l avionnerie , la troisième au monde. Espèrons que les gens de la régions de Québec se souviendront du "stratège derrière le rideau" et sa clique de sous fiffres (Bernier en tëte)lors des prochaines élections. À moins que l idéologie néo libérale ne les aveugle.

  • - Inscrit 6 février 2007 08 h 51

    Boeing C-17 cent un (101) ou comment se mettre à genoux devant les pouvoirs Américains!

    C'EST SCANDALEUX mais pourtant ça ne semble pas faire de vagues dans le public. Le Canada (l'ENSEMBLE des citoyens) s'apprête à faire l'acquisition de 4 avions militaires (Boeing c-17) dont on n'a pas besoin et ainsi à dépenser environ 4 milliards de $. C'EST CELA DE LA DÉMOCRATIE? Se faire imposer une dépense militaire inutile pour faire plaisir aux USA et aussi dépanner BOEING aux prises avec un épuisement du carnet de commande pour cet appareil du genre ÉLÉPHANT BLANC, DISPENDIEUX, ÉNERGIVORE, POLLUANT, ET INUTILE, en plus d'une aberration dans le contexte des changements climatiques. Comment est-ce possible que NOUS, les Canadiens et les Québécois, acceptions de se faire imposer une telle DEPENSE, une telle OFFENSE à notre autonomie?

    Il n'est pas surprenant qu'en plus, la spécialisation du QUÉBEC dans le domaine de l'aéronautique ne soit pas respectée. C'est 'la libre entreprise', nous dira-t-on.
    C'EST UN SCANDALE. COMMENT PEUT-ON ACCEPTER ÇA SANS RIEN DIRE? JE SUIS ESTOMAQUÉ PAR L'ATTITUDE DES CANADIENS, LE PARTI LIBÉRAL DU CANADA, PAR STÉPHANE DION, PAR LE BLOC QUÉBÉCOIS, PAR GILLES DUCEPPE, LE NPD ET SON CHEF, PAR LES ÉDITORIALISTES CANADIENS ET QUÉBÉCOIS ET SURTOUT LES CONSERVharpers.

    --------------------------PARENTHÈSE--------------------------
    Oui! NOUS, le parti conservateur et la partie de la société (très peu démocratique et très religieuse) représentant le pouvoir, les plus riches et en particulier les PÉTROLEURs et le complexe militaro-industriel (Boeing), on s'en occupe du réchauffement climatique. Ben oui! ON L'ENCOURAGE ET AINSI LA TEMPÉRATURE DU GRAND NORD VA continuer à AUGMENTER (grâce à la consommation des gens ordinaires comme vous) ET ON POURRA ALLER Y CHERCHER LE PÉTROLE (WOW!) et aussi les autres ressources pour les exploiter et ainsi devenir encore plus riche et plus fort et aussi plus capable de s'occuper (de vous) de la société et de ses besoins, À NOTRE PROPRE AVANTAGE (à nous, les riches). VIVE LA LIBERTÉ! VIVE LA RICHESSE! VIVE LE PÉTROLE! VIVE LE POUVOIR (grâce à la consommation effrénée)! VROUM! VROUM! VIVEnt LES GROS CHARS ET LES GROS MOTEURS! Go back to your spending! dixit G.W. Bush.
    God bless Canada! dixit Stephen Harper.
    -------------------------------------------------------------------------

    Bien sûr, tous les moyens sont bons pour protéger et défendre le pouvoir établi des riches capitalistes Américains, Européens et aussi du Moyen-Orient et bientôt d'Asie. Le NÉO-LIBÉRALISME, synonyme de CAPITALISME DÉBRIDÉ, est à donné le coup de grâce aux démocraties du monde. C'est l'établissement d'un 'BRAVE NEW WORLD', un 'BIG BROTHER', un ogre géant dont l'appétit pour les richesses est insatiable, et sans partage, aux détriments de la multitude et des plus faibles.

    VIVEnt la DÉSINFORMATION, la PROPAGANDE, la MANIPULATION, l'EXPLOITATION de l'humanité à l'avantage de quelques-uns et, s'il le faut, on IMPOSERA aux récalcitrants NOTRE VOLONTÉ à l'aide de la force de nos BOEING C-17 et AUTRES ÉQUIPEMENTS MILITAIRES payés PAR LES CITOYENS sans LEURS CONSENTEMENTS ÉCLAIRÉS.

    VIVE la malhonnêteté intellectuelle des politiciens!

    OÙ sont les MÉDIAS dans cette affaire?

    COMMENT PEUT-T-ON ACCEPTER DE SE FAIRE voler SA liberté, SES droits, SA démocratie, ET AU MOINS 4 MILLIARDS DE $ SANS RIEN DIRE? W O W ! ! !

  • Jacques Aubry - Inscrit 6 février 2007 09 h 54

    J'ai la mémoire qui flanche

    Devons-nous maintenir une armée ou non? Oui? Bon d'accord donnons lui un équipement adéquat maintenant. Selon les règles, oui d'accord, mais il faudrait l'engagement formel de tous les partis, y compris et surtout les libéraux de ne pas défaire, par opportunisme politique, ce qui serait en cours de réalisation.
    Avons-nous déjà oublié le coût de la rebuffade de Chrétien au sujet de l'achat d'hélicos?

    Jacques Aubry, Sutton
    jaubry@sympatico.ca

  • emeri - Inscrit 6 février 2007 10 h 11

    Charest, l'ami intime de Harper. Danger.

    En regardant passer les dollars des Québécois les poches de Boeing grâce à l'ami des Étasuniens, Stephen Harper, il nous faut surtout ne pas oublier que le très fédéraliste premier ministre Charest est lui un ami intime de tout ce
    qu'il y a de conservateur, donc ennemie du Québec. Les élections s'en viennent à grands pas. Il nous faudra s'en souvenir et voter souveraineté pour que cesse toute cette dépossession du patrimoine québécois.

  • Marc A. Vallée - Inscrit 6 février 2007 21 h 45

    Etre dans l'opposition

    Tout cela montre les limites du vote pour le Bloc Québécois. Ceux qui ont le pouvoir sont ceux qui ont le plus de députés dans le parti au pouvoir. Il n'y a pas suffisamment de députés Québécois dans le parti Conservateur, aussi celui-ci est contrôlé par l'Ouest Canadien. L'alternative libérale n'est pas mieux, étant usée par tant d'années au pouvoir. Nous touchons aux limites du système politique Canadien. Nous sommes une monarchie constitutionnelle, avec un(une) gouverneur-général qui représente le pays et contrôle l'Armée, mais qui est nommé par la Reine pour cinq ans sur recommendation du Premier Ministre. Nous sommes dûs pour une révolution de nos institutions, sénat, gouverneur général, nomination de la Cour Suprême, etc. Si les Québécois arrêtaient de penser à la souveraineté du Québec (de toutes façons impossible) et lançaient une offensive pour réformer le Canada, le Québec s'en trouverait plus fort.