Le sprint pour l'argent

Dans les territoires palestiniens, un cessez-le-feu n'attend pas l'autre. Celui que les militants du Hamas et du Fatah observent ces jours-ci, d'ailleurs tant bien que mal, est le troisième d'une série amorcée il y a une quinzaine seulement. Au terme de chaque négociation entre représentants de partis qui aspirent à faire main basse sur tous les pouvoirs, on constate le même topo: les hommes en armes refusant de laisser le terrain aux forces officielles de sécurité, des coups sont tirés, des morts sont comptés. L'objectif recherché par chacun? Être en position de force lors...

Alors que des pourparlers commencent aujourd'hui à La Mecque sous le parrainage de l'Arabie saoudite, pour le Hamas comme pour le Fatah, cet exercice a ceci d'extrêmement important à leurs yeux que des millions et des millions d'aide pour les Palestiniens vont être accordés par l'Arabie saoudite, bien évidemment, mais aussi par les richissimes royaumes du golfe Persique. Bref, chacun des protagonistes entend se disputer les bonnes grâces des Saoudiens et des autres.

L'argent, comme on le sait, étant le nerf de la guerre, le Hamas veut en récolter un maximum pour renforcer l'emprise qu'il détient à Gaza, mais aussi sur les réseaux scolaire et hospitalier de Cisjordanie. Dans le cas du Fatah du président Mahmoud Abbas, le but est plus complexe. Pour ce dernier, cette rencontre est d'abord l'occasion de se refaire une virginité.

En effet, depuis la première guerre du Golfe, l'Organisation de libération de Palestine (OLP) ne jouit plus de la manne financière que l'Arabie saoudite allouait antérieurement. Cette désaffection financière avait été justifiée par le soutien que Yasser Arafat avait apporté à Saddam Hussein lors de son invasion du Koweit. Cette décision politique d'Arafat avait eu pour conséquence indirecte de remplir les coffres du Hamas de pétrodollars.

Cela rappelé, le Fatah espère obtenir suffisamment de fonds pour faire concurrence au Hamas dans les activités qui ont fait sa popularité, soit le scolaire et le médical. Car cette organisation ayant la fâcheuse habitude d'accorder sa préférence aux personnes qui en sont membres, le Fatah s'estime aujourd'hui en mesure de contrer cette culture du clientélisme en s'engageant à servir tous les Palestiniens.

Pour hausser son crédit auprès des Saoudiens sunnites, le Fatah a fait un geste qui d'ailleurs en dit long sur l'extrême tension qui a cours avec son adversaire: sept Iraniens, donc des chiites, qui conseillaient ce dernier ont été arrêtés. Cet emprisonnement devrait d'autant plus satisfaire les Saoudiens qu'ils craignent comme jamais une montée en puissance des chiites dans cette région. Entre le Hezbollah au Liban et l'étrange alliance conclue entre le Hamas sunnite et les ayatollahs iraniens, les Saoudiens ainsi que les Égyptiens et les Jordaniens jugent une contre-offensive nécessaire. À moins évidemment d'une surprise, le président Abbas devrait obtenir davantage que le Hamas au terme de ce sommet. C'est en tout cas plus que souhaitable.

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