Un chef blessé

Les jeux sont-ils faits? Répondre à cette question avant que ne commence la prochaine campagne électorale québécoise serait pour le moins imprudent. Si aujourd'hui le Parti québécois se retrouve en deuxième position derrière le Parti libéral, tout demeure néanmoins possible, pourvu que son chef, André Boisclair, reprenne en main sa formation et fasse preuve de leadership.

La dure semaine que vient de vivre le leader du Parti québécois aura créé une onde de choc sans précédent chez les militants péquistes, qui ont compris que leur formation glissait dangereusement. Tout a été évoqué, y compris le remplacement du chef, qui a accumulé ces dernières semaines les maladresses. Au terme de cette semaine, on revient à la seule solution réaliste: resserrer les rangs.

Maladroit, André Boisclair l'a été à plusieurs reprises. À sa décharge, il faut dire qu'il n'est pas le premier chef politique à faire des erreurs. On peut comparer sa situation à celle de Jean Charest lorsqu'il arriva en sauveur à la tête du Parti libéral. Lui aussi avait tenté de faire prendre à son parti un virage. Quelques semaines avant le début de la campagne électorale de 1998, il évoquait la nécessité de rompre avec les acquis de la Révolution tranquille. L'idée, mal formulée, contribua puissamment à la réélection du gouvernement péquiste.

Toutes choses ne sont pas égales, précisons-le. Jean Charest avait une solide expérience politique. Batailleur, il réussit malgré la défaite à faire en sorte que son parti recueille plus de suffrages que le Parti québécois. D'autre part, il faut souligner que les militants libéraux se moulent plus facilement aux orientations de leurs chefs que les péquistes ne le feront jamais. Aujourd'hui, ceux avec qui André Boisclair a le plus de problèmes sont les souverainistes, ce qu'il a reconnu cette semaine en se donnant comme priorité de stopper la désaffection de ceux qui sont la base naturelle du parti. Il y a urgence, car nombre de militants et de donateurs sont déjà inscrits aux abonnés absents. L'équipe de rêve que le nouveau chef prétendait constituer sera dans ces circonstances difficile à réunir.

Élu chef avec une forte majorité, André Boisclair a cru pouvoir engager le parti dans une profonde transformation. Il a entrepris de renouveler la direction du parti à tous les niveaux et de changer le discours péquiste pour mettre l'accent sur des orientations centristes. Maladroit, le nouveau chef l'a été dans l'expression de ses vues, mais il a surtout mal mesuré sa capacité à imposer des changements. Il a heurté la base traditionnelle de son parti qui est progressiste. Surtout, il n'a pu s'appuyer sur les «nouveaux» membres du parti. Une fois la course au leadership passée, les 40 000 nouveaux adhérents qu'il avait recrutés ne se sont plus manifestés. En réalité, il n'avait ni les moyens ni la capacité d'inventer un «nouveau Parti québécois».

L'échec est évident. Pour se rattraper, André Boisclair ne peut que faire acte d'humilité. Il lui faudra miser sur une direction plus collégiale et revenir aux classiques péquistes. L'accent souverainiste sera plus fort. Mais quel que soit le programme qu'il mettra en avant durant la campagne électorale, tout sera désormais analysé et soupesé à la lumière de ses capacités personnelles à diriger son parti, à assumer la fonction de premier ministre et à conduire le Québec à la souveraineté. Le leadership sera par la force des choses un des enjeux principaux des prochaines élections, si ce n'est le premier.

bdescoteaux@ledevoir.ca

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