Difficile équilibre

Élaborer une politique du médicament est une tâche gigantesque. Des centaines d'enjeux sont en cause et des milliers d'acteurs sont affectés. Tous ne trouvent pas réponse satisfaisante à leurs attentes dans la politique rendue publique cette semaine par le ministre de la Santé, Philippe Couillard, mais le contraire eût été surprenant. Les pharmaciens-propriétaires, par exemple, critiquent le plafond de 20 % de rabais qu'il sera désormais possible d'obtenir des entreprises à l'achat de forts volumes de médicaments génériques. Faute de ces rabais-cadeaux, des pharmacies devront fermer, plaide-t-on. Pourtant, l'Ontario a imposé le même plafond, et si des pharmacies ne survivent que grâce à ces rabais secrets, c'est qu'elles ont un sérieux problème!

Heureusement, le Collège des pharmaciens ne pense pas comme l'Association des propriétaires. Pour ceux dont la profession compte au moins autant que le chiffre d'affaires, la politique du ministre Couillard annonce une revalorisation du travail à plusieurs égards: l'informatisation des dossiers d'ordonnances, par exemple, ou encore la plus grande consultation qui devra se développer entre pharmaciens et médecins dans l'évaluation des dossier des patients.

De leur côté, les médecins sont aussi appelés à jouer un rôle plus actif auprès des patients. Trop de gens utilisent mal leurs médicaments ou se concoctent innocemment des cocktails explosifs. Dans certains cas, les médecins qui pourraient intervenir n'ont pas l'information suffisante à propos de la consommation du patient, ce qui devrait changer avec l'informatisation des dossiers. Dans d'autres cas, le médecin lui-même est à l'origine de l'erreur. Pour ceux-là, la politique propose une approche d'autoévaluation comparative de la pratique avec celle des collègues, ce qui pourrait améliorer les choses.

Avec la nouvelle politique, le prix des médicaments d'origine, gelé depuis 1994, suivra désormais l'évolution de l'inflation alors que celui des nouveaux médicaments génériques mis en marché diminuera légèrement. Québec a aussi choisi de continuer de rembourser le prix du médicament d'origine pendant une période de cinq ans après la fin du brevet même s'il existe un substitut générique. Cela accroît les coûts de 40 millions par année, mais à moins d'être économiquement suicidaire, il faut reconnaître que le Québec y gagne au change avec la présence de cette industrie de pointe. En échange de ces concessions, les fabricants s'engagent à ce que le prix des médicaments vendus au Québec ne soit jamais supérieur à celui en vigueur ailleurs au pays.

Par ailleurs, le gouvernement Charest renie son engagement électoral d'accorder la gratuité des médicaments à tous les aînés qui reçoivent le supplément de revenu garanti du fédéral. Seuls les bénéficiaires d'au moins 94 % de ce supplément (13 000 $ et moins par année) profiteront de la gratuité. Mais quand on ajoute les assistés sociaux, voilà quand même 325 000 citoyens à faible revenu qui pourront profiter de la gratuité.

Sans être parfaite, la politique rendue publique cette semaine réussit à concilier bien des intérêts opposés. Sur papier du moins, puisque dans les faits, seul le temps nous dira si un gouvernement est capable de garder le contrôle sur ce qui constitue d'ores et déjà une des principales sources d'augmentation des dépenses de santé.

j-rsansfacon@ledevoir.com

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