Le porc à l'abattoir

Si on en croit certains travailleurs d'Olymel qui ont rejeté les dernières demandes de l'employeur, l'usine ne fermera pas

puisque le gouvernement interviendra dans leur dossier. De leur côté, les producteurs de porc appellent aussi à une intervention gouvernementale pour se sortir de leur propre crise. Mais quelle intervention? Pourquoi cette industrie doit-elle encore une fois demander l'aide du gouvernement?

La fermeture annoncée de l'abattoir Olymel à Vallée-Jonction trouve son explication à la même source que la crise des producteurs de porc: la hausse du dollar canadien. L'industrie du porc, comme celle de la forêt, s'était taillé une belle place sur les marchés internationaux grâce à un dollar à 0,60 $US. Tant que les profits étaient au rendez-vous, tout le monde en profitait, y compris les syndicats, qui ont obtenu des conditions de loin supérieures à celles de leurs homologues américains. Malheureusement, avec un dollar en hausse de 40 %, la fête est finie.

L'an dernier, tant les producteurs de porc que les abattoirs ont enregistré des pertes. Québec a dû verser 220 millions en assurance stabilisation aux producteurs pour limiter les dégâts. On appelle cela une assurance, mais puisque les deux tiers proviennent de la poche des contribuables, il serait plus exact de parler de subvention.

Quant aux abattoirs, ils ont aussi enregistré des pertes. Chez Olymel, le plus gros propriétaire d'abattoirs au Québec, le déficit s'est élevé à 55 millions en 2006. À elle seule, l'usine de Vallée-Jonction, qu'on dit la plus productive, a enregistré des pertes qui totalisent 50 millions depuis trois ans. Voilà pourquoi l'entreprise a demandé à ses 1100 employés de Vallée-Jonction, mieux payés que les autres, d'accepter des compressions qui ramèneraient les coûts de main-d'oeuvre à un niveau proche de la concurrence.

Selon que l'on retienne la version syndicale ou patronale, le montant de cette baisse varie entre 240 $ par employé et 50 $ net par semaine. En s'en doute, la vérité se situe quelque part entre les deux.

Les concessions les plus significatives sont la diminution du nombre de congés de 13 à 11, l'augmentation de 20 % à 50 % de la contribution de l'employé à un régime d'assurances moins coûteux, l'élimination de la cotisation patronale au REER, la réduction de 400 à 75 du nombre de jours de libération syndicale payés (une économie de 350 000 $!) et un salaire horaire brut de 17,77 $ au lieu de 20,65 $ (-11 %).

Les employés ont massivement rejeté cette «offre finale» qui aurait permis de réduire le déficit d'une dizaine de millions. À cause de ce rejet, Olymel a annoncé qu'elle mettra sa menace de fermeture à exécution dès le mois de mai.

Les exigences patronales sont considérables, il est vrai, mais il est aussi vrai qu'Olymel ne peut pas maintenir longtemps en vie une usine déficitaire.

Pour que Vallée-Jonction continue de produire, il faut donc réduire les coûts de main-d'oeuvre, et le syndicat CSN porte la responsabilité de négocier en ce sens. Quant à Olymel, non seulement elle doit revenir sur sa décision qui prive l'industrie du porc d'une usine d'abattage indispensable, elle doit aussi faire des concessions. À titre d'exemple, il est tout à fait absurde pour une entreprise de proposer l'abolition de son régime de retraite: cela fait partie des bonnes pratiques de gestion que de prévoir une sortie de piste honorable pour ses employés. De même, pourquoi exiger la signature d'une convention de sept ans alors que le marché aura peut-être retrouvé l'équilibre dans cinq ans?

Quant au gouvernement du Québec, son intervention doit se limiter à tenter de rapprocher les parties. Pas question d'injecter des fonds additionnels dans une industrie déjà fortement subventionnée, qui doit s'adapter d'elle-même aux nouvelles conditions du marché de l'exportation. Toute contribution supplémentaire ne ferait que prolonger une crise qui dure depuis déjà trop longtemps.

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5 commentaires
  • Fernand Trudel - Inscrit 2 février 2007 09 h 54

    Les producteurs au banc des accusés

    Oui, le marché du porc en est un d'exportation. Le dollar s'étant raffermi, il est normal que l'industrie soit en perte de vitesse. Il faut se rappeler qu'il y a quelques décennies, il y a eu un débat sur l'instauration d'un plan conjoint du porc qui aurait eu le mérite d'engranger des sous dans les années fastes et de supporter les producteurs dans les années difficiles par une redistribution des réserves.

    Les producteurs ont rejetté ce plan conjoint préférant jouir des années fastes pleinement. Maintenant les cigales doivent chanter car il n'ont pas voulu imiter la fourmi du plan conjoint. Cette crise était prévisible mais elle arrive au moment où d'autres facteurs tel la mondialisation où les industries magasine sur le coût de la main d'oeuvre et même Kyoto font perdre des emplois ici. Oui Kyoto car des usines ferment pour se retrouver dans des pays en émergence plus accommodants sur la pollution industrielle.

    Il n'y a que les environnementalistes qui y trouvent un peu de positif dans cette crise du porc. En produisant moins, le lisier fera moins de dommage à l'environnement.

  • Louison Ross - Inscrit 2 février 2007 10 h 18

    vive le syndicalime

    La CSN, fidèle à elle-même, écrase la main qui le nourrit. Il n'appartient pas à l'État de subventionner des emplois à 60000$ par an pour une industie des plus polluantes.C'est décevant de voir des travailleurs s'accaparer de tous les avantages que peut leur procurer leur emploi.
    Louison Ross, 95 Thomas Lapointe, terrebonne j6w3m8

  • Roland Berger - Inscrit 2 février 2007 13 h 20

    Maudits syndicats...

    Il va de soi que les éditorialistes attaqueront d'abord les maudits syndicats. Pas un mot sur le système provocateur de non-négociation des patrons de l'usine de Vallée-Jonction. Bien sûr, les syndicats auraient dû faire preuve de plus de maturité et ne pas réagir au radicalisme des patrons par le radicalisme syndical. Ceux qui ont déjà vécu des événements semblables ne lanceront certes pas la première pierre. Le capitalisme triompe partout depuis l'époque Regan. Mais il est de mauvais goût de le critiquer.

  • Line Gagné - Inscrite 2 février 2007 20 h 15

    Ne jetons plus d'argent aux pourceaux.

    Intéressant cette fable de la cigale et de la fourmie qui se répète trop souvent dans divers secteurs de l'économie comme le bois.

    Ne mettons plus un cent dans cette industrie polluante. Il est fini le temps des profits et des subventions aux seuls producteurs (pas agriculteurs du tout) et le purin pour tous.

  • Claude L'Heureux - Abonné 2 février 2007 22 h 04

    Ha! Ha! Mondialisation!

    Sans se réjouir de ce désastre il faut bien se rende compte que cette situation est l'aboutissement d'une logique de production... industrielle dévergondée qui faisait l'affaire de l'entreprise et des travailleurs. Si les deux avaient tenu compte de la grogne populaire envers la production porcine super-subventionné et polluante, nous aurions des porcheries artisanales de qualité. C'est le résultat d'un thing big aveugle. D'autre-part, les patrons d'Olymel n'ont, semble-t-il pas sû mettre le syndicat dans le coup, pour prendre le virage. Question: de quel ordre sont les revenus ajustés des cadres?