M. Baboune

Il fallait voir hier André Poulin, le placide directeur général de Destination Centre-ville, signaler d'entrée de jeu que sa présence à l'émission Au coeur de l'actualité de la télévision de Radio-Canada était peut-être «à risque». Lui qui s'apprêtait à soutenir les propos du p.-d.g. de Tourisme Montréal, Charles Lapointe, sur le délabrement de Montréal aurait-il aussi à subir les foudres du maire Gérald Tremblay?

Mais enfin, il faut bien «se dire les choses telles qu'elles sont», a souligné le brave homme. Et il les a dites, comme tous les téléspectateurs qui ont communiqué avec l'émission et qui en ont rajouté. Car qui n'a pas vu, dans les coins courus de la ville, les poubelles qui débordent, les crevasses dans les trottoirs, le manque d'arbres, l'absence de fontaines, les graffitis, les immeubles décrépits... bref, le n'importe quoi qui tient lieu de souci urbanistique et que soulignait M. Lapointe mardi devant la Chambre de commerce du Montréal métropolitain.

Hélas, M. le maire s'est senti personnellement visé par des propos qui touchaient pourtant toute la communauté montréalaise. Piqué, le maire! Au point de quitter précipitamment les lieux mardi, au point ensuite de réclamer la tête de M. Lapointe, comme si Tourisme Montréal était sa propriété (la Ville n'y a qu'un siège sur 17 au conseil d'administration et assume 5 % du budget), comme si son p.-d.g. (en poste depuis 1994) était un rustre débutant. Ô rage! Ô désespoir! De quoi aurons-nous l'air aux yeux du monde?

Eh bien, le monde a déjà répondu, et c'est ce qui a motivé l'intervention de M. Lapointe: Montréal est malpropre, Montréal se laisse aller, disent aujourd'hui les blogues, les organisateurs de congrès et le tout-venant. Allez voir Chicago, New York, Paris, Québec, Ottawa, Toronto! Les atouts de Montréal se fanent.

D'ailleurs, les chiffres parlent: le nombre de touristes américains est en baisse, celui des congrès aussi. Et le sentiment d'urgence de M. Lapointe ne tombe pas du ciel. Fin juillet, Montréal accueillera un événement d'une importance capitale: le congrès annuel de Meeting Professionals International (MPI), la plus importante association internationale de planificateurs de congrès et d'événements spéciaux. Tout le milieu touristique a l'oeil rivé sur ces congressistes qui sillonnent la planète pour trouver le meilleur endroit où attirer les foules.

L'opération de charme est donc à déployer. Ou on se limite au discours habituel sur les sympathiques Montréalais, le Montréal de la joie de vivre, le Montréal des festivals, ou on accepte de voir nos «petites horreurs», comme dit M. Lapointe, et on tente de les corriger.

M. Tremblay le sait d'ailleurs très bien, son administration venant d'embaucher, à contrat, l'ancien député libéral Jean-Claude Gobé pour mener deux campagnes de propreté à Montréal en 2007, «un travail énorme», assure-t-on. Pour ce bel effort, M. le maire n'a toutefois pas eu droit à l'ovation qui a suivi les propos de M. Lapointe mardi. Est-ce pour cela qu'il tempête, menace et baboune?

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4 commentaires
  • Gilles Delisle - Abonné 2 février 2007 07 h 16

    La très grande crédibilité de M.Lapointe

    Lorsque M.Lapointe a commencé à s'occuper de tourisme à Montreal, le maire actuel était presque encore en culottes courtes. Alors, quand M. Lapointe parle de ce qu'il connaît le mieux, le maire devrait s'asseoir et prendre des notes. Tout ceux qui se promène à pied dans cette ville, plutôt qu'en limousine à vîtres teintées, reconnaissent la justesse des propos de M. Lapointe. Bravo, et continuez votre bon travail M. Lapointe!

  • Raymond Audet - Inscrit 2 février 2007 09 h 03

    texte de M.André Poulin

    Vivant à Orford, au Chéribourg, où l'on y trouve calme et beauté, je suis toujours désolé quand j'arriev à Montréal, ville sale et déprimante. Dans notre petit patelin Orford, nous avons la corvée de nettoyage, printemps et automne. Chaque propriétaire a le devoir de tenir propre sa résidence et les alentours. Les montréalais ne pourraient-ils pas en faire autant? À Montréal la devise " je me fous de tout"....Voilà les résultats!

  • Gabriel Deschambault - Inscrit 2 février 2007 09 h 16

    Celui qui l'dit...c'est lui qui lé!

    Bien sûr, Montréal n'est pas toujours blanche comme neige au niveau de la propreté.

    Par contre, avant hier, jour de recyclage, j'ai eu l'occasion de constater (en ouvrant mes yeux) que la saleté était moins le fait de la nonchalance de la Ville que de la malpropreté des gens. La population peut bien faire craquer les lignes ouvertes sur le sujet; il n'en demeure pas moins que les deux amoncellements de mégots que j'ai vus en bordure de la rue, sont là par le geste de «propreté» des automobilistes qui ont vidés par terre leurs cendriers de «chars».

    Aussi; l'océan de papier journal «volettant au gré du vent» est aussi le fait de gens qui ne réfléchissent pas trop fort à leur façon de remplir leur bac de recyclage lorsqu'il vente le moindrement. Et que dire des matelas, télés et autres sofa que l'on dépose allègrement au pas de sa porte en présumant qu'ils disparaîtront comme par enchantement.

    NON! NON! NON! Quant à savoir si Montréal est malpropre; je dirais plutôt comme les enfants quand j'étais petit : «Celui qui l'dit...c'est lui qui lé!»

  • Claude L'Heureux - Abonné 2 février 2007 21 h 45

    Un graphitis avec ça?

    En plus d'être malpropre les montréalais ont aussi la cerise sur le sundea: les graphiteurs, ces monstres de la bêtises (m'as-tu vue, je pisse plus haut que toi!) qui barbouillent la ville de leurs insolentes signatures. Il faut leur déclarer la guerre. Nous avons le même problême à Québec. Mais la salleté de Montréal c'est peut-être un traît de son multiculturalisme, vous savez, celui qui ignore l'autre et qui se dit ouvert, comprendre ici indifférent à tout ce qui se passe autour de lui. Ha! Ha! Voilà le résultat! Consolez-vous, New-York était aussi sale, il n'y a pas si longtemps, monsieur le maire...