Pas de chichi, svp!

Quel changement de ton dans les propos du président de la Fédération des médecins spécialistes du Québec, Gaétan Barrette, prononcés lors de la conférence de presse d'hier matin! Enfin, il semble que les choses avancent dans ce dossier qui pourrait même être réglé au moment où vous lisez ces lignes. Sommes-nous trop optimistes ou les apparences reflètent-elles bien la réalité?

Alors que tout le monde s'attendait à une dénonciation en règle par les spécialistes de l'ultimatum gouvernemental qui leur ordonnait de mettre fin à leurs moyens de pression avant midi hier, le président de leur syndicat s'est présenté tout sourire devant les micros. Pourtant, le matin même, on pouvait lire dans les quotidiens une page de publicité où il était écrit: «Ce qui apparaît comme une ouverture est en fait une porte qui est en train de se fermer sans une entente durable.»

Que s'est-il passé entre la veille au soir et hier matin? Peu de choses, sinon que les spécialistes ont profondément revu leur approche à la lumière de l'évolution des discussions récentes et de l'échéance des Fêtes.

C'était la meilleure stratégie à adopter, voire la seule qui permette d'espérer un règlement rapide de ce conflit... Du moins de la première manche puisque, sur le fond, c'est à un médiateur et probablement à un arbitre qu'il reviendra d'aborder la question de fond du rattrapage salarial et des conditions de son application à l'avenir.

Hier, les représentants des spécialistes ont affirmé que les parties étaient près d'un règlement. «Il faut regarder vers l'avant», a commenté le président de la Fédération, et «rétablir des relations normales entre les médecins et le gouvernement». Et pour prouver sa bonne foi, le syndicat annonçait une trêve pour tous les moyens de pression. Voilà la meilleure nouvelle de la semaine! Une nouvelle qui a eu l'heur de calmer les angoisses du ministre Philippe Couillard, qui ne s'attendait probablement pas à un tel changement d'attitude.

Si les médecins ont agi de la sorte, c'est sans doute pour regagner l'appui de la population, mais c'est surtout pour forcer le gouvernement à forcer le pas dans la bonne direction avant le congé des Fêtes. Or, entre la demande initiale des médecins et le projet qui est sur la table au moment d'écrire ces lignes, il n'y aurait plus que des détails à régler, même si ces détails ne sont pas négligeables et peuvent faire dérailler le processus.

Des conditions de départ posées par les médecins pour s'asseoir à la table de médiation, le gouvernement a accepté les plus importantes, soit de retirer la loi 37 et de soumettre le litige à l'arbitrage dans l'éventualité d'un échec de la médiation. En revanche, il insiste pour inclure dans l'entente les mêmes contraintes contenues dans la loi, ce que les médecins trouvent inacceptable. «Il faut faire tomber la méfiance des textes de l'entente!», a commenté le président Barrette. À l'écouter hier, on lui aurait donné le bon Dieu sans confession, en effet, mais il ne nous a tellement pas habitués à cela depuis sa nomination...

De son côté, la Fédération a fait une concession de taille en acceptant le cadre financier du gouvernement, qui accorde le même pourcentage de hausse annuelle aux médecins qu'aux employés de l'État d'ici 2010 et qui reporte après 2010 le rattrapage financier à intervenir en médiation.

On le voit, les parties sont très près d'un règlement, et il faut s'en réjouir. À partir de maintenant, il ne faut surtout pas s'enfarger dans les fleurs du tapis, sinon il pourrait être très difficile de retrouver le climat de confiance qui semble avoir marqué les dernières heures de discussion à la table de négociation.

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j-rsansfacon@ledevoir.com
1 commentaire
  • Claude Tremblay - Inscrit 21 décembre 2006 06 h 38

    Les gros salaires des spécialistes

    Un spécialiste fait un gros salaire? Voyons voir. Si on considère que sa carrière commence à l'âge de 30 ans (ça prend de longues d'études pour devenir spécialiste), et qu'elle se termine rarement après l'âge de 55 ans (brûlé d'avoir dû travailler des semaines de 60, voire de 80 heures, parce qu'on manque cruellement de spécialistes), c'est sur 25 ans que se déroule la carrière d'un spécialiste, alors que ses collègues d'autres professions ont une carrière s'étalant sur plus de 40 ans. Une simple règle de mathématiques arrive vite à nous faire comprendre que nos spécialistes ne font, somme toute, pas tant d'argent que ça!

    Claude Tremblay
    Hawkesbury, ON