Situation critique

Il est des secteurs au Québec où les millions pleuvent moins facilement qu'ailleurs, et qui ne tiennent que par la générosité de ceux qui s'y consacrent bénévolement, ou à tout petits salaires. Le milieu communautaire vit de cet effort, et une grande partie du milieu culturel aussi.

On l'a encore constaté la semaine dernière, dans une frange de la culture qui aurait pourtant un grand besoin d'argent pour atteindre à des prétentions internationales: celui des musées et du patrimoine. Pour la première fois, la misère muséale et patrimoniale québécoise a été clairement démontrée dans une étude de l'Observatoire de la culture et des communications du Québec.

L'Observatoire est formel: la marge de manoeuvre financière de ces institutions est si faible que l'on peut parler d'une situation critique qui ne laisse aucune place à l'imprévu — ni, ajouterions-nous, de possibilité d'achat d'oeuvres majeures qui permettraient de classer nos établissements au rang des attractions touristiques incontournables.

Et puis, les musées ont beau attirer 12,2 millions de visiteurs par an, dans sept établissements sur 10, il faut compter sur des bénévoles pour s'assurer qu'un service adéquat soit offert. Et une partie du personnel rémunéré a droit à de bien modestes salaires, assumés par Emploi-Québec ou le Fonds de lutte contre la pauvreté!

En 2004, les 420 musées du Québec se sont partagé 166 millions de dollars de subventions des différents ordres de gouvernement et les 356 institutions vouées au patrimoine, une faible part de 25 millions de dollars. Ces chiffres ne doivent pas étourdir: ils sont de l'ordre du régionalisme quand on les compare aux investissements publics faits en culture en Europe et aux États-Unis.

Quant au secteur privé, il fournit environ 10 % des revenus du secteur musées-patrimoine-archives du Québec. Ce qui totalisait un peu plus de 46 millions en 2004. Une goutte d'eau. À seule fin de comparaison, mentionnons le musée d'art contemporain de la petite ville allemande de Wolfsburg (125 000 habitants), dont nous parlait mon collègue Stéphane Baillargeon la semaine dernière: il a coûté 100 millions de dollars, versés par une fondation privée qui en assume aussi le fonctionnement. Et on y trouve la fine pointe de la création.

On répétera que le Québec est pauvre, mais ce n'est que foutaise quand on voit les millions d'argent public que l'on a réussi à consacrer (à gaspiller!) à la moribonde industrie des courses de chevaux.

Concluons simplement que la culture au Québec n'est qu'un étendard. On la brandit pour clamer notre différence, mais elle ne vaut jamais la peine qu'on la prenne suffisamment au sérieux pour la reconnaître comme l'une des assises de notre société, avec financement à la clé. Et l'étendard continue à s'effilocher...

jboileau@ledevoir.ca

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3 commentaires
  • Philippe Bielande - Inscrit 18 décembre 2006 02 h 49

    La culture fait peur

    C'est probablement parce qu'elle est le fondement de nos institutions qu'il faut qu'elle ait de moins en moins d'importance. La culture fait peur parce qu'elle favorise l'éveil et l'esprit critique et de cela les dirigeants n'en ont pas besoin : ils seraient contestés par ceux-là même qui les ont élus. Les seules choses que nous pouvons créer ce sont des produits moins chers, moins polluants et donc moins "financiers" et là il y a un noeud qui s'appelle mondialisation.

  • Diane Chrétien - Inscrit 18 décembre 2006 09 h 49

    Patrimoine, musées et archives: un état des lieux révélateur

    Il faut savoir gré à l'Observatoire de la culture et des communications (OCC), une constituante de l'Institut de la statistique du Québec, de mettre en lumière, par le biais de ses enquêtes, la situttion des institutions culutrelles québécoises.

    Après avoir dressé, en 2004, un État des lieux du livre et des bibliothèques, l'OCC livre cette fois un premier cahier sur l'État des lieux du patrimoine, des institutions muséales et des archives qui devrait être suivi d'une dizaine d'autres travaux - à paraître au cours de 2007 - sur divers aspects de la gestion et des collections des institutions, établissements ou services du vaste domaine du patrimoine. Vaste domaine car il recouvre à la fois un large éventail d'établissements du patrimoine - depuis les sites archéologiques jusqu'aux entreprises artisanales, en passant par les organisations vouées à la mise en valeur du patrimoine artistiques -, des musées d'art, lieux d'interpétation et centres d'exposition, ainsi que des centres et services d'archives.

    Au total, ce sont en effet 1075 établissements du domaine du Patrimoine qui se sont prêtes à l'enquête de l'OCC, dont 356 organismes versées dans la mise en valeur du patrimoine, 420 institutions muséales et 299 services d'archives.

    Je partage tout à fait la lecture de Mme Boileau quant au sous financement chronique du secteur et, avec elle, je lève mon chapeau à tous ces bénévoles qui, par leur action et leur dévouement, assurent une grande part des activités et du développement du secteur patrimoine. L'enquête de l'OCC nous revèle en effet que 70% des établissement du secteur recourent au personnel bénévole et que le total des personnes non rémunérées oeuvrant dans le secteur avoisine les 15 500. Ce qui n'est pas rien, on en conviendra. Ce qui également ajoute, et considérablement, aux quelque 4 800 années-personnes (a/p) de travail rémunéré effectué dans ces mêmes établissements, dont plus de 3 800 a/p dans les seuls musées, 511 a/p dans les archives et 402 a/p dans les lieux de patrimoine.

    Ces chiffres, impressionnants au premier regard, masquent cependant le fait que le secteur souffre d'un sous-financement chronique et que son développement est singulièrement fragilisé par cette situation fort critique. Ici, une politique du patrimoine et des stratégies visant un développement équilibré et articulé des diverses composantes du secteur patrimoine, s'imposent. Puis, il faudra bien, comme le suggère Mme Boileau que notre société consente à investir plus de ressources dans ce domaine essentiel à l'enrichissement du capital humain et au développement des économies du savoir. Et il me semble qu'elle le fera davantage et plus efficacement lorsqu'elle disposera d'une politique et de stratagies de développement marquées au sceau de l'équilibre et de la durabilité.


    Jacques Grimard
    École de bibliothéconomie et des sciences de l'information
    Faculté des arts et des sciences
    Universté de Montréal

  • julie santerre - Inscrite 19 décembre 2006 11 h 25

    Parce que l'on veut responsabiliser nos concitoyens...

    Je suis une jeune technicienne en travail social, choix de carrière qui me condamne en quelque sorte à être une bénévole pour le restant de ma vie! Le milieu communautaire, reconnu pour être un levier de changement social, par le biais de l'éducation populaire notamment, est victime d'un sous financement majeur.

    Pris entre le désir de responsabilisation du gouvernement et les besoins criants de nos organisme, nous sommes souvent obligé d'accepter le financement privé, les dons de particuliers qui exigent en contrepartie que nous nous conformions à certaines règles en plus de devoir compter sur le travail de bénévoles qui font tant de travail qu'ils devraient être payés pour le faire.

    Comment composer avec la faim des personnes qui fréquentent nos organismes tout en se battant contre la charité, privé, qui donne le feu vert au gouvernement pour affamer les citoyens?

    Tout les jours je tente de faire une différence dans la vie de gens qui se battent pour survivre, quand ils ont faim, je veux leur donner à manger, mais pas à n'importe quel prix... Parce ce que l'on veut responsabiliser nos concitoyens, nous sommes, tous autant que nous sommes, obliger de se battre au quotidien contre ceux qui "gèrent" notre propre argent. J'ai fais un choix qui me semble essentiel, mais mon chèque de paye à la fin de la semaine, ce n'est pas les sous que je reçois, c'est le sentiment de faire ma part pour une différence dans la vie des citoyens qui m'en font le demande et avec qui je fais le travail d'atteindre l'indépendance et la responsabilisation.