Précipitation électorale

À Québec comme à Ottawa se multiplient en cette veille de Noël les cadeaux en prévision de prochaines élections. Si le gouvernement Charest, qui arrive au terme de son mandat de quatre ans, doit retourner devant les électeurs, rien n'exige, sinon des considérations d'ordre stratégique, qu'il faille faire tomber à tout prix le gouvernement Harper le plus rapidement possible.

La fièvre électorale est montée de plusieurs crans dans la capitale fédérale ces deux dernières semaines avec l'arrivée de Stéphane Dion à la tête du Parti libéral du Canada. Les partis d'opposition sont déjà tous sur un pied de guerre, une motion de non-confiance pouvant faire tomber le gouvernement de Stephen Harper aussi tôt qu'à la mi-février. Présentée par le Bloc québécois, cette motion blâmerait les conservateurs de ne pas consacrer autant d'efforts à la reconstruction de l'Afghanistan qu'ils en mettent dans la lutte contre les talibans.

Les motifs du chef bloquiste, Gilles Duceppe, ne trompent personne. Il veut tirer son épingle du jeu avant les autres. Si sa motion était adoptée, les conservateurs se retrouveraient alors en campagne électorale sans avoir pu présenter leur budget et leurs propositions de règlement du déséquilibre fiscal. Pour le Bloc, il ne pourrait y avoir de meilleur scénario de campagne. Il pourrait blâmer Stephen Harper de n'avoir pas tenu parole. Si la motion était toutefois défaite grâce à l'appui que pourraient recevoir les conservateurs de la part des libéraux de Stéphane Dion, eux-mêmes partagés sur la question de l'Afghanistan, le Bloc marquerait malgré tout des points. Il aurait le champ libre pour être le seul à tirer parti de la forte opposition des Québécois à une présence militaire dans ce pays.

L'objet même de la motion bloquiste devient secondaire dans ce contexte. Qu'elle soit adoptée ou non, elle ne changera en rien la capacité du Canada de mettre davantage l'accent sur la reconstruction. Ce point fait consensus à travers tout le Canada, mais pour qu'il en soit ainsi, il faut d'abord assurer la sécurité dans la région de Kandahar, où se trouvent les militaires canadiens. À cet égard, le Canada est dépendant de ses alliés de l'OTAN qui, à leur dernière réunion, ont refusé d'accroître leur effort.

La question de l'Afghanistan inquiète beaucoup de Canadiens et peut être qualifiée de désespérante dans la mesure où il n'y a pas d'autre solution que d'essayer d'agir le mieux possible pour se rendre au bout des engagements pris. Personne n'ayant de solution miracle à proposer, défaire le gouvernement Harper sur la conduite de la mission en Afghanistan serait irresponsable. La position du Canada en serait moralement affaiblie.

Défaire le gouvernement sur une telle question pourrait se retourner contre l'opposition, qui se doit de le faire sur un enjeu plus substantiel, par exemple le budget que présentera le ministre des Finances début mars. À travers ce document, c'est l'ensemble des orientations du gouvernement qu'il sera possible de juger, y compris son engagement militaire en Afghanistan par le truchement des budgets qu'il y consacre. Y compris aussi ses efforts de mise en oeuvre du protocole de Kyoto, que tous les partis jugent insuffisants.

Les règles du jeu voudraient qu'on laisse au moins la chance au gouvernement d'être jugé sur son programme de la prochaine année. Pour le Bloc, il y a une obligation morale à les respecter, lui qui a toujours prétendu qu'il était à Ottawa pour défendre les intérêts du Québec. Sa précipitation vers les urnes ne correspond pas à cet engagement. Il lui faut au moins attendre de voir si Stephen Harper aura dans ce budget des propositions pour régler la question du déséquilibre fiscal et si elles sont satisfaisantes.

bdescoteaux@ledevoir.ca

LE COURRIER DES IDÉES

Recevez chaque fin de semaine nos meilleurs textes d’opinion de la semaine par courriel. Inscrivez-vous, c’est gratuit!


En vous inscrivant, vous acceptez de recevoir les communications du Devoir par courriel.