L'impasse

Jamais les relations entre le Hamas et le Fatah n'auront été aussi tendues que ces jours-ci. En fait, plutôt que d'évoquer une tension, il serait plus exact de parler de rupture, de divorce sans possibilité de retour. Car le climat qui règne actuellement dans cette partie du monde annonce davantage une guerre civile qu'un rapprochement entre les parties. Détaillons.

En janvier dernier, ayant remporté les élections législatives, le mouvement intégriste Hamas a été appelé à former le gouvernement. Pendant des mois et des mois, le nouveau premier ministre Ismaïl Haniyeh et le président Mahmoud Abbas, élu président un an auparavant, ont discuté jusqu'à plus soif, négocié sans fin. Tellement qu'ils se sont perdus dans le dédale des mots.

Plus exactement, ils ont buté sur les mêmes sujets: la sécurité, la politique étrangère et, bien évidemment, l'argent, les finances. Avant toute chose, il faut rappeler que selon la Constitution palestinienne, la sécurité et les affaires internationales relèvent du président. Théoriquement, Haniyeh aurait donc dû commander le désarmement des milices du Hamas ou favoriser leur intégration dans les services officiels. Il s'y est toujours refusé. Et il s'est aussi toujours refusé à reconnaître, ne serait-ce que du bout des lèvres, le droit d'Israël à l'existence. Bien au contraire, le Hamas continue de battre la mesure du slogan «Israël à la mer» avec d'ailleurs plus d'emphase aujourd'hui qu'hier. Autrement dit, ce mouvement n'a pas cessé de faire de la surenchère depuis sa victoire de janvier dernier.

Il y a moins d'un mois, les directions du Hamas et du Fatah avaient annoncé être parvenues à un accord sur la formation d'un gouvernement d'union nationale. Cette entente ne devait durer que le temps de crier ciseau. Toujours est-il que dans les jours qui ont suivi, les principaux acteurs de la scène palestinienne ont aiguisé les couteaux plutôt que les crayons.

C'est dans ce contexte que les trois jeunes enfants d'un chef officiel, donc du Fatah, de la sécurité palestinienne devaient être tués devant la porte de leur école. Les responsables de ce geste sauvage, inexcusable? Le Hamas, selon le Fatah. Deux jours plus tard, Haniyeh, au retour d'une tournée avec 35 millions en poche, était la cible de tirs. Aussitôt, ses proches ont accusé les collaborateurs d'Abbas et bien évidemment les États-Unis d'avoir organisé un complot contre le premier ministre.

Entre ces deux épisodes, le président palestinien a dévoilé son intention de déclencher de nouvelles élections législatives. Il a justifié son geste de la manière la plus logique qui soit: les négociations sur le gouvernement d'union nationale étant dans l'impasse la plus totale, il n'avait pas d'autre choix que d'inviter les Palestiniens à fréquenter de nouveau les urnes.

Depuis lors, Haniyeh et les autres bonzes du Hamas ne cessent pas de crier qu'en agissant ainsi, Abbas fait en réalité un coup d'État institutionnel. On appréciera: les intégristes ne veulent pas respecter les balises constitutionnelles mais c'est Abbas qui est diabolisé.