Enfin!

Réputé pour sa rudesse dans les négociations, John Bolton ne pouvait faire autrement que de remettre sa démission en tant qu'ambassadeur des États-Unis à l'ONU. Ne pouvait faire autrement? Depuis la victoire des démocrates aux législatives, la Maison-Blanche, ainsi d'ailleurs que Bolton, avait la certitude que proposer de nouveau sa candidature à un poste influent de la diplomatie ne ferait qu'exacerber les relations entre l'exécutif et le Congrès. Tout logiquement, le principal intéressé a donc choisi la porte.

Bolton parti, on observe qu'il n'y a plus de ces néoconservateurs, ces idéologues aussi arrogants que déments, qui ont décrédibilisé la politique internationale des États-Unis en se faisant les forgerons méticuleux de l'unilatéralisme. Avec Paul Wolfowitz et Douglas Feith, Bolton faisait partie de ce groupe d'intellectuels ayant été introduit par l'ex-secrétaire à la Défense Donald Rumsfeld dans le saint du saint.

Rétrospectivement, on ne peut qu'observer combien le poids qu'ont eu Bolton et ses complices s'est soldé par un gâchis qu'on aimerait qualifier d'énorme si cela n'était pas quelque peu tautologique. Car après trois ans de guerre, que constate-t-on? Faute de s'être concentré sur la pacification de l'Afghanistan et la lutte contre le terrorisme, c'est la pagaille généralisée de Beyrouth à Kaboul avec, au coeur géographique de cette région, une guerre civile en Irak, sans oublier le retour en force des talibans.

L'Irak... Pour ce pays, Bolton et sa bande avaient une obsession. Elle se résumait comme suit: on renverse Saddam Hussein, on installe la démocratie à demeure (sic), et après la démocratie en question va se répandre partout, aussi facilement que les pissenlits. Dans les avions du 11-Septembre, il n'y avait pas un seul Irakien, mais des Égyptiens et des Saoudiens, tous des sunnites nourris au lait de la version la plus sectaire, la plus féodale qui soit du Coran. De quelle version s'agit-il? Du wahhabisme.

Toujours est-il que c'est sous l'impulsion du trio Bolton-Wolfowitz-Feith, au premier chef, que l'administration Bush a décidé de partir à l'assaut de l'Irak et non de Riyad, chef-lieu du prosélytisme sunnite. Qu'on y pense: le 11-Septembre est signé par des sunnites mais on s'attaque à un pays où la majorité des habitants sont des chiites considérés comme des apostats par les premiers.

C'est vrai, on l'a oublié, Bolton et consorts avaient un prétexte: l'Irak regorgeait d'armes de destruction massive, surnommées les ADM. Bien. On se souviendra qu'en tant qu'adhérents fanatiques de la thèse sur l'élitisme déclinée par le philosophe Leo Strauss, ils ont conçu en pleine conscience un mensonge, et un gros, pour atteindre leur but. Chez eux, on insiste, la fin justifie les moyens.

À cette époque, rappelons-nous, l'un des idéologues de ce courant, on pense à Robert Kagan, avait composé un livre dont le propos était grosso modo le suivant: l'Europe ayant réduit sa fonction dans l'histoire à celle de la gentille Vénus, la vocation des États-Unis était de camper le dieu Mars. Comme si les qualités ou les défauts étaient exclusifs à un peuple, une nation, une région. Et dire qu'ici comme ailleurs, des individus ont épousé la médiocre réduction binaire articulée par Kagan et brandie par Bolton. Sa démission est une aubaine.