Le désastre de Blair

Le premier ministre Blair venait à peine de qualifier la guerre en Irak de «désastre» que ses conseillers en communication s'évertuaient à nier son propos en usant alternativement de sophismes et de louvoiements. Il est vrai qu'en disant les choses telles qu'elles sont, Blair vient de plonger ces derniers dans l'embarras. Car la formulation de cet aveu permet, entre autres choses, de rappeler que Blair était et reste l'un des maîtres d'oeuvre de ce désastre. Reprenons.

Lorsqu'en 2002, le président Bush et son homologue britannique avaient décidé de partir à l'assaut de Bagdad, le premier avait convenu ou plutôt permis au second que celui-ci tente de rallier l'ONU à leur projet. Plus précisément, Blair, croyant dur comme fer qu'il était vraiment possible d'aller en Irak avec la caution des poids lourds de l'ONU, avait fini par convaincre Bush qui, jusqu'alors, souhaitait éviter le temple des Nations unies.

À la suite de cette décision s'ensuivit une répartition des rôles entre eux. Passons sur les détails pour mieux souligner que c'est Blair qui, avant Bush, a conjugué, à l'automne 2002, son argumentation avec les armes de destruction massive. Et ce, en travestissant la vérité de mensonges comme celui de cette possibilité qu'avait Saddam Hussein de doter des canons d'engins chimiques en l'espace de 45 minutes.

Scientifique spécialisé dans les armes bactériologiques au ministère de la... Défense et ex-inspecteur de l'ONU en Irak, le Britannique David Kelly devait être une des premières victimes de cette mascarade. Pour empêcher justement le désastre dont parle aujourd'hui Blair, Kelly avait confié à un journaliste de la BBC que sa fameuse argumentation n'était que fumisterie en conserve maquillée avec méticulosité par les docteurs Folamour du 10 Downing Street.

L'identité de Kelly ayant été percée puis dévoilée, celui-ci s'est suicidé. Une commission d'enquête fut créée. Mais bon, le système juridique britannique étant ce qu'il est, le premier ministre s'est employé à fixer des balises juridiques de manière à ce que son propre mensonge ne soit pas étudié. Fort de la position qui est la sienne, Blair s'était arrangé pour que soient mis en relief les liens entre la BBC et Kelly.

Aujourd'hui, voilà que le premier ministre suggère une inflexion dans la guerre contre le terrorisme. Au lieu de recourir à la puissance militaire, Blair propose la mise en pratique de la «puissance douce». C'est-à-dire? Une aide économique combinée à l'action diplomatique. Sa position a quelque chose de gênant. D'abord, c'est seulement aujourd'hui qu'il admet ce que des James Baker, Robert Gates, Henry Kissinger et autres martèlent depuis des mois et des mois. Ensuite, il intervient alors que sa crédibilité auprès de ses concitoyens est au plus bas. Son départ étant programmé dans quelques mois, il aurait été préférable qu'il laisse à son successeur, Gordon Brown, le soin de s'exprimer.

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