Étudiants à garder?

La semaine dernière, la Conférence régionale des élus de Montréal (CRE), appuyée notamment par les quatre universités montréalaises et la Chambre de commerce, a fait connaître plusieurs propositions pour attirer et surtout retenir les étudiants internationaux. Mais à l'échelle du monde, jusqu'où la rétention a-t-elle bien meilleur goût?

La décision de la CRE de Montréal de s'intéresser à l'internationalisation des universités est une très heureuse initiative tant ces questions se sont jusqu'à maintenant limitées à de petits cercles fermés. À l'aube d'un siècle axé sur l'économie du savoir, ce genre de débats doit pourtant déboucher, et de façon urgente, sur la place publique québécoise, car bien des pays ont des longueurs d'avance à ce sujet. Et pourtant, tout bien argumenté soit-il, l'avis suscite un certain malaise.

En introduction, le président du comité «Montréal, ville apprenante, de savoir et d'innovation», mis sur pied par la CRE, salue les étudiants étrangers qui font de Montréal «une métropole présente sur la scène internationale, qu'ils décident ou non de s'y installer». Hélas, cette nuance (que nous soulignons) ne se retrouve plus nulle part par la suite. L'intérêt des étudiants étrangers ne s'inscrit que sous une trame: le fait qu'ils «constituent un bassin privilégié pour l'immigration québécoise».

Du coup, que 30 % d'entre eux restent ici au terme de leurs études, ce n'est pas assez aux yeux du comité: après tout, jusqu'à 60 % des étudiants étrangers aux États-Unis choisissent de s'y installer pour de bon! À notre tour, il ne faut donc pas laisser s'échapper des gens brillants, intégrés au Québec durant leurs études, et qui pourront nous aider à faire notre place dans le monde.

Fort bien. Mais ce n'est pas la première fois que le lien entre étudiants étrangers et immigration de qualité est souligné. Ce fut notamment le cas dans un autre avis, du Conseil supérieur de l'éducation celui-là (L'internationalisation: nourrir le dynamisme des universités québécoises, novembre 2005). Le CSE ajoutait toutefois une mise en garde (ou un «défi», comme il est écrit dans l'avis!): attention que l'aide fournie aux étudiants de certains pays ne desserve pas ceux-ci. «Par exemple, l'exode des cerveaux au profit du Québec, qui a besoin de l'immigration pour développer son économie, constitue un enjeu éthique auquel le Québec et le Canada doivent faire face.»

De ce questionnement, il n'est pas question dans l'avis de la CRE, même s'il cite abondamment le document du CSE.

Il y a pourtant une grande différence entre un étudiant venu de France (ce qui est le cas du quart des étudiants étrangers au Québec, plaçant ce pays, et de loin, au premier rang de la filière internationale) qui décide de rester ici à la fin de sa scolarité, et celui d'un jeune Africain, ou encore d'un Brésilien.

Dans le premier cas, il s'agit d'un pays hautement développé qui n'arrive pas à faire de la place à tous ses jeunes très scolarisés. Dans le deuxième cas, il y a tout le paradoxe d'un continent qui a besoin de son monde, mais où le travail intellectuel, pour des raisons politiques ou économiques, peut relever de la gageure. Et dans le troisième, on trouve ces pays émergents qui commencent à jouer dans la cour des grands et qui cherchent, fort légitimement, à retenir leurs cerveaux — et à qui l'Occident vient quasiment faire une cour déloyale. Souhaite-t-on vraiment prendre leurs ressources humaines et les maintenir dans le business de l'aide internationale?

C'est pourquoi il n'est pas si choquant que l'ensemble des étudiants étrangers ne soient pas informés des possibilités d'immigration au Québec. Ont-ils vraiment tous à l'être? À l'heure d'Internet, la force de Montréal passe-t-elle systématiquement par l'installation sur place d'anciens étudiants?

À l'inverse, on devrait commencer sérieusement à s'inquiéter de l'expertise internationale des étudiants québécois. L'avis de la CRE en parle, mais en quelques lignes sur 43 pages, qui se concluent par l'importance de favoriser les programmes d'échanges ou d'assurer une expérience à l'étranger durant la formation.

Ce point aurait mérité bien davantage. On sait que si le nombre d'étudiants internationaux au Québec a triplé en 20 ans, une infime minorité de Québécois prennent le chemin inverse (l'évaluation varie de 1 % à 15 %, selon les universités et les programmes). Il serait pourtant urgent, à l'heure de la mondialisation et des réseaux, que les Québécois aillent chercher ailleurs de l'expertise, une autre expérience culturelle, un nouveau regard et des contacts.

Les étudiants québécois le font très peu, surtout pour des raisons financières. Qu'attend-on alors pour les encourager, notamment en bonifiant les rares bourses qui leur sont destinées? De cela, le CRE ne parle pas. Comme si la future force économique du Québec ne passait pas d'abord par le développement maximal des cerveaux d'ici.

jboileau@ledevoir.ca

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