Apprendre le français en région

Il n'est pas facile de convaincre les immigrants de s'installer en région, même en leur offrant un soutien de premier ordre. Mais comment peut-on penser que les nouveaux arrivants quitteront la métropole si les régions ne sont même pas en mesure d'offrir un minimum de services, à commencer par des classes de français à ceux qui ne maîtrisent pas la langue? Voilà la question qui se pose à la lecture de l'article de notre collègue Kathleen Lévesque, publié dans notre édition de lundi.

Dans plusieurs régions, s'il n'y a pas 18 immigrants adultes, il n'y a pas de cours de français. La situation n'est guère plus attrayante pour les enfants, qui sont intégrés dans les classes régulières sans avoir la possibilité de séjourner au préalable dans une classe d'accueil. Il est difficile, en effet, de mettre sur pied une classe d'accueil pour cinq enfants lorsque la subvention par enfant est la même à Montréal ou en Gaspésie, soit 110 $. Les classes d'accueil, une idée québécoise qui, malgré ses imperfections, a connu un grand succès au cours des 30 dernières années, sont incontournables pour les enfants qui ne parlent pas le français.

Le gouvernement québécois parle depuis dix ans de régionaliser l'immigration, mais c'est à l'automne 2000 qu'il s'est officiellement donné une politique de régionalisation dans laquelle il était question de «revoir de façon importante notre stratégie d'accueil». Deux ans plus tard, il faut constater que les structures d'accueil annoncées ne se sont pas matérialisées.

Pourtant, le projet de décentraliser l'immigration est louable, surtout lorsqu'il rime avec emploi. Mais au delà du travail, les nouveaux arrivants doivent trouver dans leur nouveau lieu de vie les outils qui favoriseront une intégration harmonieuse. Dans ce contexte, la maîtrise de la langue est primordiale, comme l'est, à un autre chapitre, la location d'un logement adéquat et l'obtention sans trop d'embûches d'un permis de conduire.

S'il est sérieux lorsqu'il parle de régionaliser l'immigration, le gouvernement devra manifester une certaine flexibilité dans l'administration de ses normes bureaucratiques. La politique consistant à offrir des classes d'accueil ou des cours de formation aux adultes uniquement là où le nombre le justifie ne peut tenir la route. Et, qui sait, s'il offre des services, cela finira par se savoir, et de nouveaux immigrants iront plus volontiers s'installer en région.

Le Rendez-vous national des régions, les 12, 13 et 14 novembre prochains, permettra de voir si les leaders régionaux sont plus sensibles qu'avant à la réalité de l'immigration. Si oui, alors le gouvernement doit saisir l'occasion et appuyer les initiatives intéressantes. La tâche d'offrir des structures d'accueil attrayantes ne peut reposer sur les seules épaules des leaders régionaux, pas plus que sur celles du seul ministère de l'Immigration. C'est l'ensemble du gouvernement qui doit se mouiller dans ce dossier qui n'a pas beaucoup progressé.