Du calme!

Avec l'élection d'un nouveau président résolument guerrier et très politique, dit-on, le syndicat des médecins spécialistes du Québec entre dans une période d'affrontement avec le gouvernement. L'objectif est clair: il faut combler l'écart salarial qui les sépare de leurs homologues du reste du pays. Pas question d'accepter l'offre de correction de 12,5 % qui est sur la table, ni même de négocier tant que la loi d'exception adoptée en juin sera en vigueur. Attention au dérapage!

Au Québec, les dépenses en santé publique totalisent 22 milliards et augmentent à un rythme effarant de 5 à 6 % l'an. Malgré cela, le Québec est la province qui consacre le moins d'argent à son système de santé, soit 2581 $ par habitant, comparativement à 2937 $ en Ontario et 3315 $ en Alberta. Même Terre-Neuve dépense plus que le Québec! Pour seulement rejoindre la moyenne canadienne, il faudrait injecter 2,5 milliards de plus par année...

Si le Québec dépense moins pour la santé, ce n'est pas parce qu'il est plus pauvre mais parce qu'il consacre son argent à autre chose. La santé accapare 38,6 % des dépenses de programmes au Canada mais seulement 31,7 % au Québec. Il s'agit donc d'un choix politique qui a des conséquences sur les soins et sur la rémunération du personnel médical.

En 2003, le ministre François Legault avait mis fin à une fronde syndicale par une lettre d'entente dans laquelle il s'engageait à corriger les écarts de rémunération avec les médecins du reste du pays. Publié en novembre 2004, le rapport d'un comité mixte concluait à des interprétations différentes variant entre 10 % d'écart selon les représentants du gouvernement et 44 % selon la partie syndicale. Mais selon l'analyse de la seule experte indépendante du comité, cet écart serait de 26 à 38 %.

Une première tranche de 5 % fut versée au cours des mois qui suivirent, puis plus rien, le gouvernement choisissant d'appliquer le même traitement aux médecins qu'aux autres syndiqués. On comprend pourquoi.

Jeudi, le ministre Philippe Couillard a appelé la Fédération des médecins spécialistes du Québec à reprendre les négociations en offrant une correction de base progressive de 12,5 % appliquée entre 2008 et 2012. Les sommes en jeu ne sont pas banales puisque, additionnées aux augmentations statutaires et autres modifications introduites récemment, cela représente une croissance des coûts de rémunération de 45 % par rapport aux deux milliards annuels qui vont aux seuls 8000 spécialistes.

L'offre a été refusée tout net et les spécialistes menacent maintenant d'accentuer les moyens de pression, malgré la loi d'exception. Ces menaces n'ont pas leur raison d'être et aucun moyen de pression limitant l'accès et la qualité des soins ne doit être toléré.

À moyen terme, la rémunération des médecins québécois appelle une correction de près de 30 %, on en convient. Cela étant, une telle correction doit aussi se répercuter à l'intérieur des spécialités où les iniquités sont encore plus graves que d'une province à l'autre. Alors que certains radiologistes facturent entre 400 000 $ et un million par année, d'autres spécialistes comme les internistes gagnent à peine plus qu'un omnipraticien. De plus, Québec doit profiter de l'occasion pour améliorer la qualité des services offerts aux patients. On veut bien tolérer que nos spécialistes se considèrent comme des entrepreneurs indépendants, mais certains abusent de cette liberté aux dépens de leurs patients.

Dans cette négociation, le ministre de la Santé peut compter sur l'appui de la population qui, tout en reconnaissant le travail exceptionnel de ses médecins, ne leur accorde surtout pas le droit de perturber le système et de mettre en danger la santé fragile des malades.

j-rsansfacon@ledevoir.com

LE COURRIER DES IDÉES

Recevez chaque fin de semaine nos meilleurs textes d’opinion de la semaine par courriel. Inscrivez-vous, c’est gratuit!


En vous inscrivant, vous acceptez de recevoir les communications du Devoir par courriel.