Le coup de force

Il y a une quinzaine, le Hezbollah avait amorcé un bras de fer avec le premier ministre libanais, Fouad Siniora, afin de le forcer à négocier la formation d'un gouvernement d'union nationale. Une fois cette requête formulée, le Hezbollah, Amal et un allié qui change d'allégeance comme de chemise, on pense au général Michel Aoun, se sont attelés à leur véritable objectif: la réalisation d'un coup d'État constitutionnel.

En effet, tous les gestes faits par ces derniers au cours des derniers jours démontrent que ce qu'ils veulent est le renversement pur et simple de la coalition portée au pouvoir par la majorité des Libanais lors des élections de juin 2006. Leur proposition de gouvernement d'union nationale ne fut en fait qu'une mise en scène conçue afin de précipiter le cours des choses. On s'explique.

Au début de la présente semaine, cinq ministres représentant les intérêts des chiites et un de leur collègue défendant ceux des chrétiens proches du président Émile Laoud ont démissionné. De prime abord, on pourrait croire cela normal tant les tensions ont exacerbé les rapports de force au sommet de l'État tout récemment. La vérité? Ces hommes politiques ont agi de la sorte pour éviter un examen. Ils ont...

Ils ont claqué la porte quarante-huit heures avant d'analyser et de se prononcer sur le projet définitif composé par l'ONU concernant la création très prochaine d'un tribunal hybride — moitié libanais, moitié international — chargé de mener le procès des personnes accusées d'être liées directement ou indirectement à l'assassinat de l'ex-premier ministre, le sunnite Rafic Hariri.

Ce projet, les membres restants du cabinet Siniora l'ont étudié et entériné. Depuis, les démissionnaires crient haut et fort leur indignation, arguant que l'approbation de l'acte «onusien» n'est pas conforme à l'esprit de la Constitution puisqu'ils n'ont pas participé au débat. Quant à Laoud, pantin en chef des Syriens soupçonné d'être mêlé à la mort de Hariri, il est allé jusqu'à qualifier cette acceptation du document de l'ONU d'inconstitutionnelle puisque lui, président du Liban, ne l'avait pas cautionnée. Que de subtilités!

À la suite de cette avalanche de calculs politiques aussi pathétiques les uns que les autres, la majorité a manifesté sa colère. Collant aux faits portant l'empreinte du Hezbollah, du Amal et de Laoud, la coalition du 14-Mars, dont le fils Hariri est l'un des chefs de file, estime que ceux-ci veulent saboter purement et simplement le cours de la justice.

Dans les jours qui viennent, il faut s'attendre à ce que les relations entre les uns et les autres se tendent davantage. Car tous entendent descendre dans la rue pour manifester dans les sens que l'on devine. Et alors? Il ne faudrait pas s'étonner d'assister à des débordements susceptibles de fragiliser davantage le pays, comme le souhaitent d'ailleurs l'Iran et la Syrie, parrains du Hezbollah. On s'approche dangereusement de la ligne rouge.