Crise universitaire

Les universités québécoises ont renoué ces deux dernières années avec les déficits. Les problèmes de sous-financement les affectent lourdement dans leur fonctionnement. Que le moindre dérapage budgétaire survienne, et c'est la crise, comme cela est en train de se produire à l'Université du Québec à Montréal. Des dépassements de coûts apparents de l'ordre de 45 millions de dollars dans la construction du complexe des sciences, rue Saint-Urbain, viendront hypothéquer la marge de manoeuvre déjà réduite de l'institution.

Tous sont inquiets à l'UQAM. Des professeurs jusqu'aux membres du conseil d'administration. Avec raison, car ils savent ne pouvoir compter sur Québec. D'emblée, le ministère de l'Éducation a affiché ses couleurs et des compressions s'annoncent déjà. On a donc raison d'être préoccupé, mais avant de paniquer, comme le font certains en exigeant que des têtes roulent, il faudrait bien comprendre la nature réelle des dépassements et leurs causes. Plusieurs questions demeurent pour l'instant sans réponse.

Le projet du complexe des sciences, évalué à 165 millions, n'a coûté que 164 millions, soutient la firme Pomerleau chargée de sa construction. Or, la note finale serait passée ces derniers mois à 206,4 millions. Quelles sont les causes de ce dépassement? Pour l'instant, on ne peut que les qualifier de nébuleuses. Le rapport du comité de vérification qui a été remis au conseil d'administration, dont Le Devoir a obtenu copie, n'apporte pas d'explications et le président du conseil s'est gardé, dans les entrevues qu'il a accordées, d'apporter quelque précision que ce soit, sinon pour dire qu'aucun geste malhonnête n'a été posé. Quant au recteur, Roch Denis, il juge qu'il manque pour l'instant des pièces au dossier pour permettre au conseil de raccorder tous les morceaux du puzzle.

Le conseil d'administration de l'UQAM prend la situation au sérieux et a déjà adopté des mesures pour assurer un suivi serré du projet de l'îlot Voyageur, qui est en cours de construction. Il envisage une révision des modes d'approbation de chacune des étapes de réalisation des projets de construction, qui aujourd'hui se font tous en mode dit fast track. Fort bien, mais il lui faut expliquer comment il est possible que personne, ni le recteur ni les membres du conseil, n'ait eu conscience des dépassements de 45 millions au complexe des sciences avant ces derniers mois et comment il se fait que les mécanismes de contrôle, notamment le comité de suivi de ce projet, n'aient par permis de déceler ces dépassements.

L'attitude adoptée par le président du conseil pour gérer cette crise surprend à certains égards. Ses silences laissent croire que le responsable de cette situation est le recteur Denis, à qui le conseil a confié, il y a tout juste quelques mois, un deuxième mandat de cinq ans, lui renouvelant ainsi sa confiance. Ces silences nourrissent une fronde au sein de l'institution contre M. Denis et crée une pression malsaine sur le conseil.

L'UQAM n'avait pas besoin de cette crise. Ces cinq dernières années, le climat s'était apaisé dans cette institution qui avait retrouvé son dynamisme. Il revient au conseil de veiller à ce que l'université recouvre rapidement le calme dont elle a besoin pour relever les défis qui l'attendent.

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