Le niet de Bush

Chef de la diplomatie américaine, Condoleezza Rice a écarté toute discussion avec l'Iran et la Syrie concernant la stabilisation de l'Irak. Après avoir envoyé des signaux contradictoires à ce sujet, le premier ministre Tony Blair a lui aussi rejeté toute invitation au dialogue avec ces deux pays. Conclusion? Le recours à l'armée conserve la préférence de la Maison-Blanche.

Aux membres de l'Irak Study Group qui préconisent l'amorce de négociations avec les nations situées à la périphérie de l'Irak ainsi qu'à la nouvelle majorité démocrate au Congrès qui veut un retrait progressif des troupes, le président Bush a répondu en faisant, à quelques nuances près, un bras d'honneur. C'est niet sur toute la ligne. Pis, la position gouvernementale déclinée par Rice semble accréditer l'exclusivité du quotidien britannique The Guardian assurant qu'une augmentation notable du contingent actuellement en Irak est prévue à court terme.

Ce nouvel épisode de l'affaire irakienne relevant du compliqué-complexe, il y a lieu de remettre les choses à plat. Un, nous avons des notables républicains qui estiment, contrairement à leur grand-grand chef, que sans discussion avec les poids lourds du Moyen-Orient, les États-Unis risquent fort de se retrouver dans un bourbier copie carbone de celui observé au Vietnam. Deux, nous avons un bonze des armées habité par l'optimisme et un patron de la CIA aux prises avec les affres du noir pessimisme. Ce dernier acte vaut son pesant d'or parce qu'il confirme qu'en matière de crédibilité des informations, peu d'améliorations ont été apportées depuis le fiasco, pour ne pas dire la fiction, des armes de destruction massive de Saddam Hussein. On s'explique.

Devant les membres du Congrès, le général responsable des faits militaires dans la région, un quatre étoiles s'appelant John Abizaid, a assuré que la situation actuelle est meilleure qu'au mois d'août. À tel point qu'une addition de GI serait selon lui inutile. Bon an, mal an, entre août et novembre, il y a toujours octobre, mois des révolutions et des krachs financiers, qui cette année s'est distingué comme un des plus sanglants depuis la fin de la guerre officielle (sic).

Après Abizaid, un autre général, lui chef de la CIA, a répondu aux questions des mêmes élus. Son propos fut totalement différent de celui d'Abizaid. Écoutons-le. La violence? «Elle est endémique» parce que alimentée par «les milices chiites radicales». Le gouvernement élu démocratiquement (re-sic)? Il est «étouffé par la corruption et l'incompétence», etc. Passons.

Si on se fie au gradé, la situation étant meilleure aujourd'hui qu'hier, les États-Unis sont en mesure de stabiliser l'Irak à moyen terme. Si on s'en remet au maître espion, les conditions se dégradant, il faut rapidement réorienter la stratégie suivie jusqu'à présent. Comment? Tout dépend des buts recherchés. Si l'on tient à éviter la guerre civile, il faut envoyer des renforts au plus vite pour pacifier notamment Bagdad et désarmer les milices. Si on entend respecter le message envoyé par les citoyens américains lors des législatives de la semaine dernière, on plie bagage de manière ordonnée cette fois-ci. Ou...

Ou alors on médite la voix du réalisme politique symbolisé par le désormais célèbre Irak Study Group. Autrement dit, on convie l'Iran, la Syrie mais aussi l'Arabie Saoudite et la Turquie à la table des négociations. Qu'on le veuille ou non, chacun de ces pays joue d'ores et déjà ses cartes sur l'échiquier irakien. L'Iran parce qu'il veut s'imposer comme puissance régionale. La Syrie pour renforcer son emprise au Liban. L'Arabie Saoudite parce qu'une victoire sans appel des chiites la fragiliserait. La Turquie parce qu'on veut à tout prix que l'exemple du Kurdistan fasse tache d'huile.

Tout refus de discuter avec ceux qui tirent les ficelles se soldera par un vaste débordement géographique de la pagaille.