Plus sûr ?

Le hasard a voulu que le ministre fédéral des Transports, Lawrence Cannon, rende public le programme Sûreté-Transit, visant à contrer les attaques terroristes dans le métro ou les autobus, au moment où les Canadiens commencent (enfin!) à dire qu'on pousse un peu loin l'obsession sécuritaire née du 11-Septembre, comme l'a révélé cette semaine un sondage mené dans huit pays depuis l'université Queen en Ontario.

Il est vrai que le gouvernement conservateur n'innove pas avec son programme. Annoncé dans le budget de mai dernier, détaillé hier, il n'est que la reprise — ou la continuité! — d'un des volets de la Stratégie en matière de sûreté des transports du gouvernement libéral de Paul Martin. Cette stratégie avait été lancée en 2004, stratégiquement reprise à l'été 2005 (ce qui permettait de détourner l'attention de la commission Gomery) et finalement pourvue en novembre 2005, pour les transports en commun, d'un montant de 80 millions de dollars pour trois ans. Le programme «Voyagez en sécurité», financé à 75 % par le fédéral et à 25 % par les sociétés de transport, devait entrer en vigueur le 1er avril 2006.

Entre-temps, il y a eu des élections: les conservateurs n'ont eu qu'à saisir la balle au bond. Le programme a changé de nom, mais on y retrouve les mêmes 80 millions de dollars, cette fois investis sur deux ans (puisque le programme entre en vigueur plus tard que celui des libéraux), la même part du fédéral et la même référence aux attentats de Madrid et de Londres. Les conservateurs restent donc sur les rails libéraux — ce qui est déjà surprenant pour des gens qui font tout pour démontrer que ce sont eux, les champions de la loi et de l'ordre.

On peut néanmoins s'interroger sur l'ampleur du montant versé et sa pertinence. Bien sûr, les sociétés de transport sont ravies. Mais elles n'avaient pas attendu ces programmes pour faire des investissements en matière de sécurité. Ainsi, depuis 2003, des caméras de surveillance ont été installées dans des autobus de la Société de transport de Montréal, et la société achève l'installation de 1200 caméras dans le métro, en remplaçant 400 autres devenues désuètes.

Que faut-il de plus? Plus de formation du personnel, ce qui comprend des exercices de simulation de situations d'urgence, certes. Mais un meilleur équipement? Plusieurs usagers diront qu'à Montréal, ce ne sont pas les terroristes qui leur font peur, mais le métro lui-même, avec ses pannes récurrentes! Ou ces autobus et wagons rares, donc bondés, paradis du vol à la tire. Voilà un péril que les Montréalais affrontent bien plus souvent que les alertes à la bombe!

Mais depuis que le 11-Septembre est passé par là, il n'y a plus moyen pour nos dirigeants de réfléchir à l'opportunité des mesures qui sont prises. Même si, quand arrive l'heure du drame, les mêmes autorités nous répètent ad nauseam que l'avion, le train ou le métro restent au Canada immensément sécuritaires! Et même si l'on sait qu'au-delà des précautions de base, rien ne remplacera une bonne enquête policière, menée dans les règles de l'art.

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jboileau@ledevoir.ca