L'effet chinois

L'élection d'une majorité démocrate au Congrès américain a constitué la bonne nouvelle de la semaine pour ceux qui souhaitent un désengagement des États-Unis en Irak, mais elle présente tout de même un risque de plus pour l'économie canadienne.

On l'a souvent dit depuis quelques jours, les démocrates sont habituellement plus protectionnistes que les républicains et leur programme électoral fait souvent référence à la nécessité d'adopter des mesures pour protéger l'économie américaine de la concurrence «déloyale».

Cette semaine, le premier ministre Jean Charest a réagi prudemment au changement de garde à Washington, appelant à la vigilance. De son côté, l'ambassadeur des États-Unis au Canada, David Wilkins, s'est voulu rassurant en prédisant qu'au lendemain de l'élection d'un Congrès démocrate, ce serait business as usual.

D'accord, le danger est faible que les choses changent à court terme. Mais d'ici les prochaines élections à la présidence, dans deux ans, les choses pourraient changer.

Année après année, le Canada enregistre des excédents commerciaux importants avec son principal client. En septembre dernier, nos exportateurs ont vendu pour une valeur de 29,2 milliards de dollars de biens et services aux États-Unis, soit 7,3 milliards de plus que nos importations, et ce, malgré un dollar canadien fort. Une bonne partie de ces excédents s'explique par les besoins américains en pétrole et en gaz, mais quelle que soit l'origine de ces surplus à répétition, ils alimentent la grogne des producteurs et des syndicats ouvriers américains.

Au moment où les experts parlent de ralentissement de l'économie, il ne fait donc aucun doute que les démocrates feront tout en leur pouvoir pour prouver à leur électorat qu'ils sont décidés à régler le problème de la concurrence étrangère «déloyale». Il faut donc s'attendre à la présentation d'une série de projets de loi de nature protectionniste auxquels l'administration Bush ne pourra pas toujours opposer son veto.

Certes, le Canada n'est pas identifié comme étant l'ennemi numéro un des États-Unis, même qu'on a parfois tendance à oublier qu'il existe quand vient le temps d'imposer des mesures restrictives aux pays étrangers. Ce qui n'est guère mieux...

Pour le moment, c'est la Chine qui trône au premier rang des «ennemis» des États-Unis, avec un surplus commercial record de 23 milliards au cours du seul mois de septembre dernier. L'administration Bush a bien tenté de forcer les Chinois à hausser la valeur de leur monnaie pour réduire cet écart, sans beaucoup de succès. C'est maintenant au tour des démocrates d'essayer. S'ils parviennent à convaincre la Chine, certains secteurs de l'économie canadienne pourraient en profiter. Mais la plus forte probabilité, c'est que, placé devant un refus chinois, le Congrès adopte des mesures universelles qui frappent aussi bien le Canada que les autres pays.

La question à un milliard de dollars devient alors: comment le gouvernement Harper se comportera-t-il, lui qui s'est toujours montré mieux disposé envers l'administration républicaine qu'envers les démocrates?

j-rsansfacon@ledevoir.com

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