L'effet boomerang

Le désaveu infligé à Bush pour sa gestion du dossier irakien a eu une conséquence aussi immédiate que notable: le secrétaire à la Défense, Donald Rumsfeld, a remis sa démission. Son remplaçant? Robert Gates, patron de la CIA sous Bush père et surtout membre actuel d'un groupe chargé de trouver une issue au bourbier irakien.

Sans même tenir compte des critiques formulées par les démocrates, la Maison-Blanche a été la cible d'attaques à la fois simultanées et étonnantes dans les 15 jours qui ont précédé les législatives. Ainsi, la semaine dernière, les quatre journaux des quatre corps d'armée des États-Unis d'Amérique ont publié un éditorial commun exigeant le départ de Rumsfeld. En agissant de la sorte, les gradés voulaient s'assurer que le scrutin d'avant-hier serait bel et bien un référendum sur l'Irak. Et ce fut le cas.

Avant eux, James Baker, ex-secrétaire d'État de Bush père et co-président du Irak Study Group, avait créé la surprise en critiquant la politique irakienne arrêtée par la Maison-Blanche. James Baker, qu'on surnomme «Mister Fix It» depuis qu'il est passé maître dans l'art de sortir Bush fils du guêpier dans lequel il s'est mis, a fait la tournée d'un nombre très restreint de réseaux de télévision afin de suggérer l'ouverture de pourparlers avec les Iraniens et les Syriens sur la question. Rien de moins.

Il faut retenir la date de cet épisode. Elle n'est évidemment pas innocente. Qu'un notable de l'establishment républicain intervienne en dévoilant les grandes lignes d'un rapport dont la publication était prévue pour l'après-élection en dit long sur la volonté de certains républicains d'effectuer un changement, si possible remarqué, avant les présidentielles de 2008.

Chose certaine, la nomination de Robert Gates est révélatrice de cet appel d'air souhaité par ces républicains classiques ou traditionnels, qui ne cachent plus leur envie de se débarrasser de la coalition formée par les religieux et les néoconservateurs. D'ailleurs, il est intéressant de noter que, au lendemain de la victoire des démocrates, des bonzes du Parti républicain disaient vouloir convaincre le président qu'il est nécessaire de gommer, concernant le Moyen-Orient, tout ce qui ressemble de près ou de loin à des valeurs identifiées à l'Occident. En clair, leur message est le suivant: M. le président, oubliez l'instauration de l'État de droit, du modèle fédéral etc.

Revenons à Gates. Avant d'être nommé à la tête de la CIA, il fut le numéro deux du Conseil national de sécurité dirigé à l'époque par Brent Scowcroft, grand ami de Bush père et surtout opposant de la première heure à la guerre en Irak de Bush fils. Et il était jusqu'à tout récemment membre de ce fameux Irak Study Group. CQFD: en tant que nouveau secrétaire à la Défense, il faut s'attendre à ce que les recommandations de ce comité, dont beaucoup restent à préciser, soient observées.

D'autant plus que les démocrates ont claironné haut et fort qu'ils entendaient aborder ce sujet prochainement. Déjà, ils ont confié que le leader de la nouvelle majorité démocrate à la Chambre des représentants — à ne pas confondre avec la présidence qui reviendra à Nancy Pelosi — serait probablement John Murtha. Cet ex-vétéran du Vietnam s'est distingué par ses critiques répétées de l'administration du dossier irakien par la Maison-Blanche en général et par le Pentagone en particulier.

Cela étant, Rumsfeld a fini par payer pour son obstination fanatique à suivre une ligne qu'il avait tracée et imposée. Jamais il n'a voulu entendre les recommandations exprimées par l'ex-secrétaire d'État Colin Powell. Jamais il n'a voulu prendre en considération les propositions d'un certain nombre de généraux. Rumsfeld était arrogant jusqu'à la caricature.