Une francophonie solidaire

Peut-on être contre la concertation des communautés francophones du Canada pour assurer la survie du français en Amérique du nord? Pas plus qu'on ne peut être contre la vertu. En ce sens, la politique que vient d'adopter le gouvernement Charest pour soutenir la francophonie canadienne mérite d'être saluée comme une manifestation de solidarité qui s'imposait.

Les représentants des communautés francophones et acadienne du Canada sont, on s'en doute bien, les premiers à se réjouir de cette politique qui vient consolider le processus de réconciliation entre francophones du Québec et francophones hors Québec entrepris par le gouvernement du Parti québécois en 1995.

S'il y a réconciliation, c'est qu'il y avait eu rupture. Les auteurs de cette politique ont choisi le terme plus neutre de «distanciation» pour décrire l'abandon qu'ont ressenti les francophones hors Québec lorsque, à la fin des années 60, les Québécois ont opté pour l'affirmation nationale à l'intérieur du territoire du Québec. La vision d'un Canada français d'un océan à l'autre éclate lors des États généraux du Canada français d'un océan à l'autre. Pour plusieurs Québécois, les minorités francophones des autres provinces seront dès lors considérés comme des «canards boiteux», sans avenir.

Ce mot malheureux a, mieux que tout, illustré l'incompréhension et les oppositions qui s'étaient installées entre les deux communautés. Il contribua aussi à cristalliser le remords chez certains nationalistes québécois qui prirent conscience que la survivance du fait français ne pouvait passer uniquement par le Québec. En 1995, le gouvernement de Jacques Parizeau réagissait et adoptait la première politique québécoise à l'égard des communautés francophones et acadienne du Canada.

La politique dévoilée hier par le premier ministre Charest s'inscrit dans le droit fil de celle du Parti québécois de 1995. Les rapports avec les communautés francophones seront égalitaires et fondés sur des partenariats et des mécanismes de concertation, le Québec s'attribuant par ailleurs le rôle de leader rassembleur, à titre de seul État francophone d'Amérique du nord. Il y a toutefois une différence notable: le gouvernement actuel étant fédéraliste, il participera activement aux rencontres fédérales-provinciales touchant l'avenir des communautés francophones du Canada.

Avec cette politique, le Québec réaffirme son devoir de solidarité avec les communautés francophones et acadienne. Il faut s'en réjouir car, quelle que soit la route politique que pourraient choisir un jour les Québécois, ils ne peuvent rester indifférents aux défis de la survivance que ces communautés doivent relever quotidiennement. Chaque bataille qu'elles perdent ne peut qu'affaiblir le fait français.

Au-delà des engagements solennels pris hier par le premier ministre, on se doit de souligner que le gouvernement québécois fait encore preuve d'une certaine timidité: les engagements financiers restent au même niveau qu'au cours de ces dix dernières années. Le ministre Benoît Pelletier fait valoir que «c'est avant tout une question d'ouverture et de volonté».

Cette volonté, il faudra la mesurer. Tisser des liens est une chose — le Québec le fait avec toutes sortes de groupes et de pays —, mais assumer sa responsabilité en tant que seul État francophone en Amérique du nord en est une autre. À cet égard, on surveillera ces prochaines semaines le soutien que le Québec accordera aux communautés francophones et acadienne dans leur lutte pour obtenir du gouvernement Harper qu'il rétablisse le programme d'aide aux contestations juridiques qui leur a permis de faire avancer la reconnaissance de leurs droits au cours des deux dernières décennies. Québec ira-t-il jusqu'à les soutenir financièrement lors de prochaines contestations si Ottawa confirmait son retrait? À suivre.

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