Et les Blancs, dans tout cela?

Moins de neuf mois après l'avoir tassé du pouvoir, le premier ministre Bernard Landry vient de confier à Guy Chevrette une mission périlleuse en le chargeant de faire avaler à la population blanche du Saguenay-Lac-Saint-Jean et de la Côte-Nord l'entente de principe récemment conclue entre l'État québécois et les Innus. Cette entente, on le sait, suscite colère et inquiétude au sein de la population blanche qui se plaint d'avoir été écartée du processus de négociation, en dépit de l'impact que l'entente aura sur leur vie.

Mais d'entrée de jeu, l'ex-ministre délégué aux Affaires autochtones met les points sur les i: le gouvernement a une sérieuse côte à remonter, parce que l'entente, sous certains points, ne tient pas compte des intérêts des Blancs. Certains contenus devront donc être retouchés.

D'ailleurs, le gouvernement et son mandataires ont-il le choix? Après avoir très mal mesuré le niveau de colère de la population blanche du Saguenay-Lac-Saint-Jean et de la Côte-Nord, M. Chevrette tentera de convaincre le gouvernement d'allonger des dollars pour relancer certaines municipalités. Les Blancs n'ont peut-être pas compris que la négociation avec les autochtones est incontournable mais le gouvernement a failli à sa tâche de les intégrer à part entière aux discussions.

De toutes manières, de nombreux pans de l'entente annoncée précipitamment ce printemps étaient restés vagues et nécessitaient d'autres échanges. La question des redevances aux autochtones et celle touchant les droits de chasse et pêche sont particulièrement sensibles et M. Chevrette aura besoin de tout son talent de négociateur pour réussir un rapprochement entre Blancs et autochtones. L'ex-ministre connaît bien le dossier: il était lui-même responsable de la négociation avant de quitter le gouvernement, fin janvier. Il doit donc prendre sa part de responsabilité dans le cafouillis actuel.

M. Chevrette a déjà entrepris de rectifier le tir en manifestant beaucoup d'empressement auprès des médias, sans doute pour symboliser l'ouverture qu'il désire insuffler aux discussions qu'il poursuivra pendant 80 jours. Le principal intéressé ne sait pas si le temps dont il dispose sera suffisant pour permettre d'abolir un fossé qui se creuse depuis des années. Il a raison. Mais tout progrès, même modeste, constituera un pas dans la bonne direction. Les prochains négociateurs pourront reprendre là où l'équipe en place a laissé. D'ailleurs, il faut savoir gré à Jean Charest d'avoir donné son appui au mandataire du gouvernement. Le comportement de Mario Dumont est moins reluisant, le chef de l'ADQ entretenant sur ce dossier un silence qui n'a pas sa place.

Tous les élus doivent en effet travailler au rapprochement des communautés blanche et autochtone, qui se partagent un même territoire et pêchent le même poisson. Chaque peuple a ses droits et ses responsabilités et l'un et l'autre sont condamnées à trouver un terrain d'entente. Sinon, les tensions sociales s'aggraveront.