Un Conseil de la souveraineté?

Nombreux sont les militants souverainistes qui cherchent une façon de renouer avec l'action. Certains, comme l'ancien premier ministre Jacques Parizeau, voudraient confier la promotion de la souveraineté à un organisme indépendant des partis politiques. Une idée à examiner.

Ce n'est pas la première fois qu'est avancée cette formule d'un Conseil de la souveraineté agissant comme une plate-forme non partisane. Un tel conseil avait été mis sur pied en 1995 pour associer des organisations non partisanes à la promotion de la souveraineté et soutenir l'action du Parti québécois et du camp du OUI. Cette fois-ci, la démarche serait tout autre puisqu'il s'agirait ni plus ni moins de se substituer à ce parti qu'on ne juge plus apte à défendre efficacement le projet de souveraineté.

Cette appréciation du Parti québécois, on la retrouve par exemple dans la recherche menée auprès de quelque 150 militants souverainistes par un vice-président de la SSJB de Montréal sur «la relance de la question nationale», dont nous avons fait état dans nos pages cette semaine. Au delà des nombreux clichés qu'on y retrouve, cette recherche témoigne d'un ras-le-bol de la part de souverainistes que l'on peut qualifier de purs et durs. Certes, on reconnaît que la réalisation de la souveraineté passe par la réélection du Parti québécois, mais on exprime une énorme méfiance envers les appareils politiques, qui trouvent toujours le moyen de détourner les gouvernements péquistes de leur mission de réaliser la souveraineté.

Devant un petit groupe de militants du comté de Mercier le week-end dernier, Jacques Parizeau a lui aussi porté un jugement sévère sur l'état du Parti québécois en disant qu'il faut accepter le fait que beaucoup de souverainistes rejettent ce parti. Cela étant, il faut «ramasser les souverainistes autour d'un pôle qui n'est pas un parti politique».

Les sondages montrent qu'il y a, à l'heure actuelle, plus de souverainistes que de péquistes, ce qui pourrait justifier la mise en place de cette plate-forme servant à diffuser la souveraineté et à unifier les partisans de cette idée, dont une partie préfère voter pour d'autres partis. Cela aurait l'avantage de dégager le Parti québécois, lorsqu'il est au gouvernement, des pressions que certains exercent sur lui pour qu'il défende constamment la souveraineté. Cela conduirait à une clarification des rôles. Un gouvernement péquiste gouvernerait, et un Conseil de la souveraineté, au sein duquel se retrouverait le PQ, servirait de fer de lance pour la promotion de l'indépendance.

La réflexion autour de cette idée mérite d'être poussée plus loin, ne serait-ce que pour définir la place de chacun dans une telle organisation. D'emblée, il faut toutefois rejeter le financement de l'État tel que le voudrait M. Parizeau. S'il y a un geste dont la portée symbolique est importante pour manifester ses convictions personnelles, c'est d'abord celui de donner temps et argent.

Autre façon de voir les choses, celle d'Yves Michaud, qui propose un vaste ménage afin d'ouvrir toute grande «la maison souverainiste» qu'est le PQ à tous ceux qui veulent travailler aux chantiers de l'indépendance. Le retour aux sources qu'il prône n'est pas à rejeter, mais on doit toutefois se demander si ce parti peut encore être le pôle réunissant tous les souverainistes.

Le ciment qu'a longtemps été la souveraineté pour les militants du PQ toutes tendances confondues sur le plan social n'agit plus de façon aussi efficace. Malgré leurs convictions souverainistes, certains se sentent plus à l'aise dans des formations plus à gauche ou plus à droite. Être souverainiste n'entraîne plus, comme par le passé, l'adhésion automatique à un projet de société social-démocrate. Le Parti québécois a changé et vieilli. C'est une réalité que ne peuvent ignorer tous ceux qui s'attellent à repenser son avenir.

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