La fin du drame?

Deux suspects ont finalement été arrêtés en relation avec les attentats qui ont fait dix morts et trois blessés au cours des trois dernières semaines dans la région de Washington. Il s'agit d'un homme de 42 ans, John Allen Williams (converti à l'islam sous le nom de Muhammad), et de son jeune compagnon d'origine jamaïcaine âgé de 17 ans, John Lee Malvo.

On ne connaît toujours pas avec certitude le mobile de la tuerie en série dont on les croit coupables. Selon toute vraisemblance, les deux individus auraient tenté d'escroquer les autorités: on a parlé de plusieurs millions de dollars, mais cette tentative était-elle à l'origine de ces crimes ou en ont-ils eu l'idée par la suite? On suppose que le plus jeune des deux serait aussi l'auteur d'un vol à main armé commis quelques semaines auparavant dans un dépanneur, mais là encore, rien n'a été démontré avec certitude. Il faudra donc attendre avant de tirer des conclusions définitives.

Sur les ondes de CNN hier après-midi, de supposés experts péroraient sur les liens possibles entre les suspects et le terrorisme international. Plus tard en après-midi, un même reporter assigné à cette affaire enchaînait son topo avec une nouvelle mise en garde du FBI au sujet d'une attaque possible d'al-Qaïda contre des installations ferroviaires américaines. On le voit, même s'il n'y a probablement aucun lien à faire entre les deux événements, la paranoïa qui s'est emparée des médias américains depuis un an les conduit à tenter des rapprochements dont l'administration Bush doit se délecter, elle qui cherche l'appui populaire pour attaquer l'Irak.

Qui qu'ils soient, les auteurs de ces crimes effroyables ont été assez habiles pour échapper longtemps aux forces policières, faisant une fois de plus la preuve par l'absurde des limites d'une société ouverte à faire face à des actions individuelles aussi extrémistes. Pourtant, les États-Unis investissent chaque année des centaines de milliards de dollars pour se protéger, tant à l'intérieur qu'à l'extérieur de leurs frontières.

Alors que, dans la plupart des pays civilisés, la possession d'armes à feu est interdite au commun des mortels, elle constitue un droit constitutionnel aux États-Unis. Ce n'est pas l'arme qui commet le crime, soutiennent inlassablement les défenseurs de ce droit: ce sont les individus qui les utilisent. Peut-être bien, mais à baigner dans une atmosphère perpétuelle d'attaque et de défense armées, on ne s'étonnerait même pas d'apprendre que les deux individus appréhendés hier étaient des gens plutôt paumés, amateurs d'armes, devenus des monstres par un concours de circonstances, sans motifs vraiment sérieux.

Peut-on croire que ces trois semaines de terreur aient permis aux Américains d'acquérir un peu plus de sagesse, notamment en matière de contrôle des armes? Au contraire, ces événements semblent avoir accru la densité des vapeurs de paranoïa dans lesquelles les États-Unis évoluent depuis un an. Tout indique que la tendance qui se développe de plus en plus à la face du monde soit une tendance de militarisation encore plus prononcée, tant dans les familles qu'au sein de l'administration fédérale. Plus que jamais, les États-Unis sont une nation guerrière, ce qui ne va pas sans nous effrayer.

jrsansfacon@ledevoir.ca