Raté

Stephen Harper avait raté les préliminaires en mai dernier, lorsqu'il avait refusé de rencontrer le secrétaire général de l'Organisation internationale de la Francophonie (OIF), Abdou Diouf, et laissé celui-ci être fouillé comme un passager suspect alors qu'il était un invité officiel du gouvernement canadien. Ses rapports avec la Francophonie s'amorçaient mal, très mal.

Ils ne se sont pas améliorés hier alors que son incompréhension de l'OIF, sa mauvaise lecture du sommet de Bucarest et son entêtement idéologique ont retardé la clôture dudit sommet et mécontenté l'ensemble des participants.

Il s'agissait au départ de souligner les pertes encourues cet été par le Liban, qui avait lui-même accueilli le sommet de la Francophonie il y a quatre ans. Il s'agissait d'une résolution somme toute normale dans la dynamique d'un organisme qui se préoccupe du sort de ses membres. M. Harper, qui devait se croire à l'ONU, a voulu élargir le débat pour y inclure Israël. Cette prise de position politiquement chargée n'avait pas sa place à ce forum, qui privilégie le consensus alors que le premier ministre du Canada se montrait prêt à un affrontement.

Ce comportement intransigeant a irrité plusieurs délégués, exaspéré le président de la France, Jacques Chirac (qui s'est fait fort de lancer cette dispute sur la place publique alors que, la veille, il louangeait M. Harper, un changement de ton qui en dit long!), et involontairement permis au premier ministre Jean Charest d'avoir le beau rôle. M. Charest a contribué à calmer le jeu, son rôle a été publiquement souligné, il n'a pas pavoisé pour autant, et cette attitude ne marquait que mieux à quel point il maîtrise les codes de conduite sur la scène internationale. L'exact opposé de M. Harper, qui perd les pédales et multiplie les bourdes diplomatiques dès qu'on le sort de l'Afghanistan.

Hélas, l'opposition à Ottawa ne pourra guère en faire ses choux gras puisque bloquistes et libéraux ont appuyé les dérapages du premier ministre! On s'étonnera d'abord de cette réaction de la part de partis qui n'ont pas hésité cet été à signer une déclaration qui s'en prenait vigoureusement à Israël sans une seule dénonciation du Hezbollah, puis à participer à la manifestation qui en découlait — et où, inévitablement, il s'est trouvé des partisans de cette organisation.

On notera ensuite la méconnaissance du fonctionnement de la Francophonie dont témoignent ces prises de position. Après tout, certains membres de l'OIF auraient souhaité dénoncer «l'agression israélienne»: là aurait été l'inacceptable. C'est dans un tel contexte qu'il faut lire la position en faveur des victimes du Liban et comprendre qu'elle était en soi un compromis.

On conclura toutefois que vu d'Ottawa, les stratégies vont bien plus aux prochaines élections qu'aux subtilités des joutes internationales. D'où la superficialité de ces réactions spontanées.

jboileau@ledevoir.ca

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