L'enfant négligé

L'enfant négligé se définit par l'absence: absence d'encadrement, d'affection, de liens avec autrui, de soins, de nourriture, de sommeil... Une absence qui confine à l'oubli puisque ce sont d'abord ceux qui sont battus ou victimes de sévices sexuels qui viennent à l'esprit quand on pense aux enfants en détresse.

La négligence est pourtant le premier motif de signalement à la Direction de la protection de la jeunesse, et celui-ci va croissant depuis quelques années. La DPJ de Montréal l'a rappelé cette semaine dans un bilan qui met en évidence les liens étroits entre la négligence et la toxicomanie des parents (présente dans 60 % des cas).

Comme aucun revirement n'est en vue au chapitre de la consommation de stupéfiants — bien au contraire! —, il y aurait normalement là une urgence certaine à agir. Les parents qui s'intoxiquent avec des drogues ou de l'alcool ne rejettent pas en soi leur progéniture mais ont fortement besoin d'aide, et vite.

Le problème, c'est qu'on «soupçonne» un manque sérieux de ressources à cet égard au Québec. Le verbe «soupçonner» est employé sciemment: il n'existe aucun portrait global des services disponibles ici pour les toxicomanes, et les gens qui oeuvrent dans le secteur sont les premiers à s'en désoler. Comme ils le disent, un toxicomane, ça ne se met pas sur une liste d'attente; quand, enfin!, il accepte de se soigner, il faut sauter sur l'occasion. Sinon, le risque est grand qu'il ne revienne pas. Méconnaître les ressources est donc un obstacle de taille.

Mais les problèmes sociaux ne sont qu'une goutte d'eau dans la vaste marmite que chapeaute le ministère de la Santé, et comme, en plus, ils touchent principalement des pauvres et des marginaux, on comprendra qu'il n'y a pas grand capital politique à tirer du fait de vraiment s'en occuper. Là où il faudrait un plan d'ensemble (pour la seule DPJ, on parle de centaines de parents toxicomanes au Québec), on y va donc à la pièce, et le manque de places fait souvent sombrer encore plus loin dans la dépendance ou mène carrément en prison.

S'il est par ailleurs nécessaire que l'État ouvre les yeux et mesure à quel point la santé sociale de la population a un impact direct sur sa santé physique (s'en apercevra-t-on un jour?), il y a aussi des parents à brasser. Les négligents ne peuvent pas tous invoquer des problèmes de toxicomanie ou de santé mentale, tandis que la négligence sans impacts graves, fréquente, n'est pas retenue par la DPJ, qui en a déjà plein les bras.

Comment ne pas frémir quand, comme on l'a vu la semaine dernière, un jeune ado d'à peine 15 ans, accusé de menaces de mort, se retrouve seul en cour, ses parents n'ayant pas jugé bon de l'y accompagner! On comprend que des parents se sentent dépassés par leur adolescent, mais le fait de ne pas même lui offrir une présence quand les choses tournent mal en dit plus que toutes les analyses psychosociales.

Et on ne parle même pas de ces cas si légers, mais si lourds d'impacts, d'enfants qui se retrouvent toujours seuls à la maison pour manger ou dont les parents sont d'une indifférence totale quant à leur fréquentation scolaire ou leurs allées et venues.

Il n'y a pas d'école pour les parents, mais certains auraient bien besoin de leçons. Pourquoi ne pas collectivement y penser: cela aussi fait partie de la santé sociale d'une population!

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jboileau@ledevoir.ca

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