Le nerf de la guerre

On connaît le dicton: chassez le naturel et... Cette fois-ci, il est revenu là où on aurait cru que le poids des fautes passées aurait inspiré de nouveaux principes moraux aux militants libéraux. Mais non! Il aura fallu que les organisateurs de certains candidats à la direction du Parti libéral du Canada aillent jusqu'à déterrer des morts pour garnir leurs listes de partisans. Comme si ce parti qui essaie tant bien que mal de se relever du scandale des commandites avait besoin de cela!

Ce n'est pas la première fois que surviennent des irrégularités de cette nature. En 2000, un candidat à la direction de l'Alliance canadienne à la renommée plutôt incertaine au Québec, Tom Long, avait soulevé un enthousiasme incompréhensible dans le comté de Bonaventure-Gaspé-Îles-de-la-Madeleine, où il avait recruté plus de 2800 membres... pour la plupart à leur insu. Pour certains organisateurs, tous les coups sont permis, comme cela vient de se produire dans le camp de Joe Volpe et de Michael Ignatieff, où les règles de recrutement de membres n'ont pas été respectées à la lettre.

Les informations voulant que la liste des nouveaux membres présentée par ces deux organisations contienne des irrégularités, y compris l'inscription de personnes décédées, ne sont que des allégations qui restent à être prouvées. Si l'enquête que mène le parti confirme les faits, ces organisations devraient toutefois être sanctionnées en retirant l'ensemble de la liste des membres qu'elles ont soumise dans les comtés où des fraudes seraient avérées. Si cela n'a pas pu être fait avant l'élection des délégués, qui a lieu ce samedi, celle-ci devrait être reprise dans ces comtés.

De tels comportements s'expliquent aisément. Dans cette course, le nerf de la guerre est le contrôle des délégués au congrès de décembre. La capacité de chaque candidat à recruter des membres constitue la carte maîtresse. Plus vous avez inscrit de membres qui vous sont en principe acquis, plus vous avez de chances de faire élire des délégués. Ensuite, vous aurez plus de chances de vous faire élire chef ou encore de jouer les king makers après avoir été écarté lors d'un premier ou d'un deuxième tour de scrutin.

Plusieurs s'attendaient à ce que Joe Volpe, qui avait déjà fauté au printemps dernier en acceptant des dons de 5400 $ de la part d'enfants mineurs, ait la décence de se retirer de la course. Évoquant un nébuleux complot contre sa personne de la part de l'establishment du parti en raison de ses origines italiennes, il a choisi de continuer envers et contre tous. On comprend mieux lorsqu'on sait que M. Volpe a recruté à lui seul 35 000 nouveaux membres qui lui vaudront certainement ce week-end l'élection de plusieurs délégués qu'il pourra marchander le moment venu. S'ils ont un peu de principes, les autres candidats devraient dire haut et fort qu'ils ne se prêteront pas à ce jeu. Surtout, ils devraient le dire maintenant.

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bdescoteaux@ledevoir.ca

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