Qui en doutait ?

Selon une enquête effectuée auprès des 16 agences de renseignement qui cohabitent au sein de l'administration américaine, l'invasion et l'occupation de l'Irak auraient exacerbé l'action terroriste dans le monde de l'après 11-septembre. Ce constat est contenu dans un document confidentiel dont quelques grandes lignes ont été publiées de façon simultanée par trois grands quotidiens américains, dimanche dernier.

Rédigé sous l'autorité du National Intelligence Council (NIC), ce rapport est considéré comme le document le plus exhaustif produit à ce jour au sein de l'administration américaine sur les risques que fait courir le terrorisme islamiste. Et, ô surprise! il vient contredire le message officiel de la Maison-Blanche tel qu'il a été livré au bon peuple au cours des événements commémoratifs du 11-septembre.

Ce message du président Bush et de son équipe consiste à affirmer que, même s'il reste beaucoup à faire pour combattre le terrorisme, le monde est plus sûr depuis que les États-Unis et leurs alliés se sont débarrassés de Saddam Hussein et ont favorisé l'avènement de la démocratie en Irak. De plus, grâce à la lutte sans merci contre le terrorisme, al-Qaïda et ses ramifications sont désormais affaiblis.

Or, si l'on en croit le consensus auquel en sont arrivées toutes les agences de renseignement, rien n'est plus faux. Au contraire, le rapport confirme les appréhensions exprimées par le NIC deux mois seulement avant l'invasion de l'Irak, en 2003, à savoir qu'une telle intervention militaire serait susceptible d'alimenter l'islamisme radical partout dans le monde au lieu de le ralentir. Il ajoute que de plus en plus de cellules terroristes autoproclamées surgissent un peu partout, sans lien direct avec al-Qaïda, mais quand même très dangereuses. Il explique d'ailleurs comment Internet permet aux terroristes de communiquer entre eux sans avoir besoin de se retrouver dans un pays particulier, notamment depuis l'invasion de l'Afghanistan.

Hier, en réaction à ces fuites publiées dans les journaux, le directeur du NIC, John D. Negroponte, a mis en garde contre une lecture partielle du rapport d'évaluation, répétant à son tour que beaucoup avait été fait à ce jour.

En effet, beaucoup a été fait... pour alimenter la grogne parmi les jeunes musulmans à la recherche de sensations fortes qui considèrent désormais les États-Unis comme un ennemi de l'islam. Et ils ne sont pas les seuls à trouver la position de l'administration Bush hypocrite. Depuis qu'il a été prouvé hors de tout doute que l'invasion de l'Irak n'était aucunement justifiée par la présence d'armes de destruction massive, pas plus que par d'hypothétiques liens entre Saddam et al-Qaïda, il ne reste plus qu'une poignée d'êtres humains sur la planète, pour la plupart républicains américains, à croire les affirmations du président Bush.

À quelques semaines des élections de mi-mandat au Congrès, les sondages nous révèlent un peuple américain de plus en plus sceptique. Cela conduira-t-il la majorité à voter pour des candidats démocrates? Malgré l'évidence, rien n'est moins certain. Allez comprendre pourquoi!

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j-rsansfacon@ledevoir.com

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2 commentaires
  • Gabriel RACLE - Inscrit 26 septembre 2006 08 h 34

    Les paradoxes étatsuniens

    À la fin de son article « Qui en doutait ? », Jean-Robert Sansfaçon exprime un des paradoxes de la société étatsunienne et de sa classe politique, en soulignant qu'à quelques semaines des élections de mi-mandat au Congrès, les sondages révèlent un scepticisme croissant de la population des États-Unis au sujet de la politique de G.W. Bush en Irak. Et il pose alors la question : « Cela conduira-t-il la majorité à voter pour des candidats démocrates ? », avec cette réponse dubitative « Malgré l'évidence, rien n'est moins certain. Allez comprendre pourquoi ! »
    Il est un autre paradoxe qui va dans le même sens. La différence de traitement entre les présidents B. Clinton et G.W. Bush concernant leurs mensonges. On se rappelle qu'au cours de ses enquêtes, le procureur Kenneth Starr avait découvert que B. Clinton avait eu des divagations sexuelles avec une stagiaire de la Maison-Blanche, Monica Lewinsky. Bill Clinton avait nié ces relations alors qu'il témoignait sous serment, ce qui avait permis au Congrès d'entamer une procédure de destitution (impeachment) sur une accusation de parjure et d'obstruction de l'instruction.
    Certes, dans le cas Clinton il s'agissait d'un mensonge sous serment, mais à propos de peccadilles qui n'avaient entraîné la mort de personne et l'affaire était surtout une affaire politique beaucoup plus que juridique. Or, par contraste, il est maintenant prouvé à la face du monde que G.W. Bush a menti pour envahir l'Irak. Il n'y avait pas plus d'armes de destruction massive que de liens entre Saddam Hussein et al-Qaïda, qui ont servi de prétexte à l'invasion. Et ces mensonges ont eu - et ont toujours - des conséquences dramatiques : le grand nombre de militaires étatsuniens et d'autres nationalités morts en Irak, le plus grand nombre encore de blessés, le nombre incalculable de civils irakiens tués ou blessés, la guerre civile qui sévit et, comme le tout dernier rapport des agences de renseignements l'établit, l'invasion et l'occupation de l'Irak ont accru le terrorisme dans le monde après le 11 septembre.
    Il y aurait là matière à intenter une procédure de destitution et pis encore, vu le nombre de victimes causées par cette guerre injustifiée et non approuvée par l'ONU. Mais les Républicains détiennent la majorité au Congrès et la politique prime sur la justice. La Fontaine l'avait dit, il y a longtemps : « Selon que vous serez puissant ou misérable. »

  • Claude L'Heureux - Abonné 26 septembre 2006 16 h 50

    Alors, pourquoi cette invasion?

    Si ce n'était pas pour combattre le terrorisme ni parceque l'Irak représentait une menace alors pourquoi cette invasion? La réponse semble de plus en plus être le pétrole et les intérêts de l'industrie de l'armement. Si c'est le cas il faudra que cette grande démocratie... amène devant la justice... les bandits de cette administration. Il faudra aussi que tous les pays concernés par ces guerres envoyent la facture aux États-Unis, à moins que nous aussi ayons des intérêts... Vous prenez votre auto, ce matin?