Un ton et un accent conservateurs

Lorsque le premier ministre Paul Martin a procédé, au début de 2005, à une refonte majeure de la politique extérieure du Canada, la chose fut à peine remarquée hors des cercles de spécialistes. Pourtant, depuis quelques mois, les questions internationales sont tout en haut de la liste des préoccupations des Canadiens, qui s'étonnent de l'activisme du gouvernement Harper et des orientations qu'il semble prendre en ce domaine. Agit-il vraiment différemment des gouvernements précédents?

L'attention que le premier ministre Stephen Harper accorde aux questions internationales est pour une part le fruit des circonstances. Le jour de son assermentation, plusieurs dossiers en attente de règlement l'attendaient. Cela allait du conflit sur le bois d'oeuvre au renouvellement du matériel de défense en passant par la place du Québec à l'UNESCO. Puis, il y eut cette guerre entre le Hezbollah libanais et Israël, qui fut l'occasion d'un commentaire controversé et d'une laborieuse opération de rapatriement de milliers de citoyens canadiens du Liban.

Mais il n'y a pas eu que les circonstances. Il y a aussi eu une volonté de M. Harper de faire des questions internationales un axe majeur de l'action de son gouvernement. En témoignent l'engagement militaire en Afghanistan, qu'il a renouvelé pour une période supplémentaire de deux ans, et la relance, sur des bases nouvelles, des relations avec les États-Unis.

Les Canadiens ont été d'autant plus surpris de cette attitude que rien n'indiquait qu'il en serait ainsi lorsque le Parti conservateur a été porté au pouvoir. La campagne électorale avait presque complètement laissé de côté les questions internationales, ce qui correspondait bien à l'orientation prise au cours de la décennie précédente par les gouvernements Chrétien et Martin, consistant à se concentrer avant tout sur les enjeux de politique intérieure.

Au-delà de l'étonnement, il faut se réjouir de voir le gouvernement Harper redonner davantage de prééminence au rôle international du Canada. Il y a une volonté nouvelle «de jouer un grand rôle dans les dossiers mondiaux», que le premier ministre a clairement affirmée lors d'un discours prononcé mercredi devant l'Economic Club de New York. La situation exceptionnelle du Canada, que lui vaut sa stabilité politique et économique, lui permet d'être un acteur important, d'être de retour sur la scène internationale et d'apporter sa contribution, a-t-il fait valoir.

Si, en cela, le gouvernement Harper se démarque de ses prédécesseurs, reste à savoir si les orientations qu'il prend sont bien différentes. Apparemment non, puisque déjà les libéraux avaient engagé le Canada en Afghanistan, tout comme ils avaient accru l'appui à Israël. Il y a toutefois une différence de ton et d'accent qui ressortait clairement dans ce discours prononcé à l'Economic Club, tout comme dans son intervention devant l'Assemblée générale des Nations unies, jeudi. Dans un cas comme dans l'autre, l'essentiel de son propos a porté sur les questions sécuritaires, et ce n'est qu'au passage qu'il a renouvelé l'engagement du Canada envers l'action multilatérale en disant que «la mission de l'ONU est la mission du Canada». Un ton et un accent indubitablement conservateurs.

Ces deux discours ont eu le mérite d'éclairer quelque peu les orientations du gouvernement Harper. Demeurent toutefois d'importantes zones d'ombre qu'il faudra éclairer. Il n'est peut-être pas nécessaire de revoir la politique extérieure qu'a adoptée le gouvernement de Paul Martin, mais une mise à jour s'imposerait compte tenu de l'importance que prennent les questions internationales dans le débat public. On le fait chaque année pour les questions économiques et financières, pourquoi ne le ferait-on pas pour la politique étrangère du Canada? Contrairement à la dernière, celle-ci sera au coeur de la prochaine campagne électorale, et il nous faut avoir les éléments pour juger de l'action de ce gouvernement.

bdescoteaux@ledevoir.ca

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