Le phénomène Chávez

L'impénitent démagogue qu'est le président vénézuélien Hugo Chávez a déridé l'Assemblée générale des Nations unies mercredi et fait étalage de son antiaméricanisme pur et dur en qualifiant le président George W. Bush de «diable» qui «sent le soufre», en lui reprochant de s'être présenté la veille à la tribune de l'ONU «comme s'il était le propriétaire du monde» et en l'accusant, un livre de Noam Chomsky à la main, de répandre «une fausse démocratie des élites» et une «démocratie des bombes».

Bouffon dangereux? Chávez «a une vision de bande dessinée des affaires internationales», a répliqué, lapidaire, l'ambassadeur américain à l'ONU, John Bolton. Difficile de ne pas acquiescer compte tenu de la démonstration de manichéisme. Encore qu'on ne puisse pas dire de M. Bush qu'il tient, de façon générale, un discours politique tellement plus nuancé.

La harangue de M. Chávez a été chaudement applaudie par une grande partie de l'assemblée. Bouffon, peut-être, mais le président vénézuélien, si anachronique que soit sa rhétorique, a dit tout haut aux Nations unies ce que des millions de personnes pensent tout bas en Amérique latine et ailleurs dans le monde. Que Washington le veuille ou non, il a chambardé la carte politique de la région depuis son arrivée au pouvoir, en 1999. Non plus qu'il soit sur le point de s'effacer: les sondages indiquent qu'il devrait être réélu à la présidentielle du 3 décembre prochain.

Le chavismo a pris racine dans le fait indéniable que les masses de défavorisés du Venezuela ont été historiquement exclues par les élites de toute participation à la vie politique, sociale et économique du pays. «Dorénavant, le Venezuela nous appartient à tous» constitue le slogan fondamental du «président des pauvres».

Mais sa critique de l'hégémonie américaine serait plus crédible s'il n'y avait pas lieu de douter de ses convictions démocratiques. À l'intérieur, l'homme a concentré l'essentiel des pouvoirs entre ses mains et celles de ses partisans, y compris dans le domaine judiciaire. «Chávez est le peuple», dit un autre slogan gouvernemental. Il ne fait pas mystère de vouloir rester au pouvoir pour les 20 prochaines années afin de mener à terme une «révolution bolivarienne» qui tient pour l'heure à une économie subventionnée par la manne pétrolière.

Sa critique serait en outre plus crédible s'il ne considérait pas Fidel Castro comme un modèle exemplaire, le Zimbabwéen Robert Mugabe, un des pires despotes africains, comme «un guerrier pour la paix» et les mollahs iraniens comme des révolutionnaires amis. Si, enfin, il n'avait pas cédé à l'injure personnelle hier en traitant M. Bush d'«alcoolique» et de «malade bourré de complexes» alors qu'il visitait le quartier de Harlem, à New York.

Il est heureux qu'en contrepoids, une autre gauche, plus pragmatique, existe en Amérique latine. Celle de Michele Bachelet, au Chili, et celle de Lula, au Brésil, autour duquel flottent par ailleurs des odeurs de scandale. L'Amérique latine devrait avoir passé l'âge de faire confiance à des caudillos.

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2 commentaires
  • Roland Berger - Inscrit 22 septembre 2006 10 h 49

    L'âge de la condescendance

    « L'Amérique latine devrait avoir passé l'âge de faire confiance à des caudillos », écrit monsieur Taillefer, qui ne semble pas avoir dépassé celui de la condescendance.

  • Robert Sargent - Inscrit 22 septembre 2006 11 h 57

    Mieux vaut du Chavèsisme outrecuidant que de l'Autruchisme statuquo

    En relation avec la visite de Chavès au É.U., dans le cadre de l'organisation des nations unis...

    ____________________________________
    Update d'un communiqué de la branche britannique d'Oxfam sur Dépense militaires mondiales en 2006.

    1 059 000 000 000 $ affecté à l'Armement et à ceux qui Ceux qui s'en occupent...

    Les chiffrent proviennent des déclarations officielles de la part d'une centaine de sociétés en armement...ON PEUT DONC CONCLURE QUE LES EMPLOYÉS (Militaire, Milice, Contractuelle) DES ÉTATS ne sont pas inclus.

    Le rapport précise une augmentation des ventes de 60% depuis 2002...

    Croyez-vous que l'administration Bush et leurs conventions d'actionnaires ont intérêts à planifier, organiser le désordre partout ou il soit possible de ''closer'' des ventes ... de fusils?

    Je suis loin de douter des capacités mercantiles du Clan Bush qui détiennent des ''Jetons'' sur les Conseils d'Administration des amis à Bush.

    Et cette communauté de bien-pensants ont laissés le soin de perpetrer des légendes urbaines... genre le crime ne paient pas. Ce n'est pas ce qu'indiquent le rapport ?

    Vous connaissez la règle Marketing...il faut créer le Besoin si on veut Justifier...

    Non, nous sommes loins de regreter QuoiQueCeSoit dans le spectale de cette guerre. Chantons ensemble, MalBroutte s'en va t'en guerre...$$$$$$$$$$$$$$$$$déclarés...$$$$$$$$$$$$$cash

    Le sarcasme de Chavès n'est nullement condamnables face au prévionisme de l'administration Bush&Inc. en matière d'Abus.