Gestion de crise

Neuf ans après avoir fait une promesse en ce sens, le gouvernement libéral a déposé hier un avant-projet de loi prévoyant la nomination d'un commissaire à l'éthique qui ferait rapport au Parlement plutôt qu'au seul premier ministre.

Voilà un petit pas dans la bonne direction qui ressemble davantage à une tentative de gérer une crise permanente qu'à un changement de cap. Certains s'attendaient à ce que le premier ministre donne un grand coup, question de montrer son désir de repartir à zéro. Mais comment repartir à zéro quand on n'a plus l'autorité morale pour imposer une conduite aux troupes? En effet, ne l'oublions pas, le député de Shawinigan a lui-même été mêlé à une controverse sur son rôle dans l'octroi d'un prêt à l'Auberge Grand-Mère, située dans son comté.

Par ailleurs, pas plus tard que mardi, Jean Chrétien répétait qu'à son avis, le solliciteur général, qui venait d'être blâmé par le conseiller à l'éthique, n'avait rien à se rapprocher. Les ministres Sheila Copps et Denis Coderre se sont empressés d'en rajouter à leur tour. Dans un tel contexte, on se demande quelle portée auront les recommandations d'un commissaire à l'éthique si le premier ministre ne leur accorde aucun crédit. Les mesures dévoilées hier prévoient d'ailleurs que le premier ministre conserve le droit de suivre ou non les recommandations du conseiller à la suite d'une enquête sur un ministre.

Cela dit, il faut voir quel tour prendront les débats lorsque l'avant-projet de loi sera discuté. Le document propose également de mettre à jour le code de déontologie des parlementaires. Il est notamment prévu que tous les sénateurs et députés divulguent, de façon confidentielle, leurs actifs financiers et leurs dettes au commissaire à l'éthique. Mais il existe déjà un code de conduite à l'intention des ministres, dont l'existence n'a pas permis d'empêcher de nombreux manquements au cours des derniers mois.

Peut-être le successeur de Jean Chrétien réussira-t-il à insuffler une nouvelle culture politique au sein d'un parti qui semble s'intéresser davantage à ses amis qu'à l'ensemble de la population. Car c'est bien de cela qu'il s'agit: de probité d'un gouvernement. Et ce n'est pas le dévoilement d'un avant-projet de loi, timide de surcroît, qui provoquera un changement de culture.