MacAulay tombe

Le solliciteur général Lawrence MacAulay a remis sa démission hier, quelques jours après que le conseiller à l'éthique eut remis au premier ministre un rapport sur le comportement peu éthique de son ami. Jean Chrétien a eu beau dire en Chambre que son allié n'avait rien fait de mal, personne ne l'a pris au sérieux. En fait, c'est l'intégrité de l'ensemble du gouvernement fédéral qui est éclaboussée par cette histoire.

La rentrée parlementaire à Ottawa a pris un tour que le premier ministre n'avait ni prévu, ni voulu. Depuis deux semaines, en effet, les accusations dont M. MacAulay est l'objet n'en finissent plus de rebondir, de sorte que l'équipe au pouvoir est constamment sur la défensive. La démission du solliciteur général, un allié fidèle du premier ministre, sera encore présente dans les esprits aujourd'hui, lorsque le premier ministre dévoilera les nouvelles règles d'éthique qu'il entend imposer aux parlementaires. Il faudra aussi voir quel mandat sera réservé au conseiller à l'éthique, qui se rapporte présentement au seul premier ministre, qui le nomme. Cette situation a maintes fois été dénoncée et il serait logique qu'à l'avenir ce conseiller reçoive son mandat du Parlement. Par ailleurs, tout aussi cruciales seront les nouvelles exigences en matière de conflit d'intérêts imposées aux ministres et aux députés. Enfin, il faut souhaiter que ces dispositions, qui prennent la forme d'un projet de loi modifiant la loi sur les lobbyistes, soient adoptées rapidement. M. Chrétien laissera un beau cadeau empoisonné à son successeur, diront les cyniques.

L'arrivée de ces règles n'est pas étrangère au défilé de problèmes de nature éthique qui assaillent ce gouvernement depuis plus deux ans et que la vérificatrice générale du Canada a abondamment dénoncés dans ses rapports.

Le premier ministre assurait hier qu'il aurait volontiers gardé le solliciteur général si telle était la volonté de son ministre. Mais on voit mal comment il aurait pu jouer les vertueux, aujourd'hui, tout en ignorant les conclusions du rapport de Howard Wilson. M. Chrétien ne voit rien de mal dans les agissements de son ami, soit. Mais est-ce parce que l'attribution de contrats à des amis fait partie des moeurs à Ottawa, comme on l'a vu avec les contrats de commandite octroyés à des entreprises québécoises amies du régime?

Il reste que le conseiller en éthique a blanchi le solliciteur général dans le dossier du contrat sans soumission à la firme comptable de son agent officiel. En revanche, il a jugé qu'il avait enfreint des règlements dans le dossier du collège dirigé par son frère. M. MacAulay est en effet intervenu auprès de la GRC et des Services correctionnels afin que le Holland College, une institution publique de l'Île-du-Prince-Édouard, que dirige son frère, obtienne des contrats de formation. Cette intervention n'a pas donné les fruits attendus puisque ni la GRC ni les Services correctionnels, dont le solliciteur général est responsable, n'ont versé les sommes attendues, soit trois millions chacun. Cependant, peu après, il fut annoncé que l'Agence de promotion économique du Canada atlantique verserait 6,5 millions dans ledit programme de formation... M. Chrétien n'avait d'autre choix que de sacrifier son ministre.

Pour refaire l'image passablement amochée de son gouvernement, le premier ministre optera possiblement pour des règlements plus stricts que ce qu'il avait initialement prévu, question de mieux faire oublier que le départ d'hier n'est pas le premier accroc à une équipe dont il vantait encore l'intégrité il n'y a pas si longtemps.