Le pillage du Congo

Dans un éloquent rapport qui vient d'être déposé au Conseil de sécurité de l'ONU, des experts reconfirment l'existence de réseaux internationaux de pillage des ressources naturelles en République démocratique du Congo (RDC), un pays où une guerre dont personne ne veut entendre parler a fait 2,5 millions de morts depuis quatre ans. Le rapport d'experts montre du doigt une vingtaine de hauts responsables militaires et politiques de la RDC, du Rwanda, de l'Ouganda et du Zimbabwe, les accusant de se remplir les poches, avec la bénédiction et la complicité de plusieurs entreprises étrangères. Les quatre gouvernements se sont empressés hier de nier les accusations.

Le rapport spécial, sur lequel le Conseil de sécurité doit se pencher demain, mentionne notamment cinq entreprises canadiennes (First Quantum, International Panorama Resources, Tenke Mining, Harambee Mining, toutes de Vancouver, et Melkior Resources, de Montréal). Il décrit comment 54 personnes et entreprises s'approprient, sans aucun souci pour le bien commun, les ressources naturelles de la RDC, riche en or, en diamants, en cuivre et en cobalt, en les faisant passer en Occident via une douzaine de pays africains.

Combien de fois faudra-t-il le répéter avant que la communauté internationale n'avise et ne sévisse? Il s'agit pourtant de faits qui ont été documentés à répétition. Les armées nationales mêlées au conflit congolais (le Rwanda occupe toujours le tiers de la RDC) ont créé des réseaux mafieux de commercialisation, tandis que celles qui ont aujourd'hui quitté le territoire, comme le Zimbabwe, continuent de soutenir des groupes rebelles qui ont pris le relais d'une exploitation qui se mesure en centaines de millions de dollars. Il faut donc espérer qu'enfin et minimalement, l'ONU interdise aux coupables de voyager, gèle leurs avoirs et bloque leur accès aux crédits bancaires, ainsi que le recommande le groupe d'experts. Le moins que puissent faire par ailleurs des pays comme le Canada, c'est rappeler leurs responsabilités éthiques à leurs compagnies minières transnationales.

Ce pillage, qui s'articule sur fond de tensions ethniques, est un pilier de la misère dans laquelle sont aujourd'hui enfoncés les Congolais. Save the Children, Oxfam et Christian Aid disaient en août que le tiers des 46 millions de Congolais sont gravement sous-alimentés, que plus de deux millions d'entre eux sont déplacés par la guerre et que plus de 10 000 enfants-soldats sont engagés dans le conflit. Hier encore, les dépêches faisaient état de 13 000 personnes fuyant les violences dans le Sud-Kivu, une province de l'est du pays, vers le Burundi.

Le gouvernement canadien a fait un geste important le 10 octobre dernier en déposant aux Communes un projet de loi d'application du processus dit «de Kimberley», en vertu duquel 48 pays sont en voie de créer un système de certification international des diamants bruts. L'objectif étant d'assoiffer la guerre en restreignant l'accès au marché international des pierres qui proviennent des zones de conflit. Le risque, c'est qu'il n'en résulte qu'une coquille vide si, comme le craignent certains esprits critiques, des mécanismes de contrôle dignes de ce nom ne sont pas soudés aux principes. Ainsi est-il impératif que ce processus voie le jour, et qu'il ait toutes ses dents, afin que les associations de malfaiteurs relevées dans le rapport d'experts ne soient plus autorisées à dormir sur leurs deux oreilles.