Une francophonie engagée

On ne manque jamais, à la veille d'un sommet de la Francophonie, de se demander si cette organisation vaut bien les millions que les gouvernements du Canada et du Québec y consacrent. La conclusion du neuvième sommet tenu à Beyrouth devrait rassurer les sceptiques. D'abord linguistique, la Francophonie a trouvé au Liban le souffle politique qui lui manquait pour devenir une organisation qui soit plus qu'un club social de leaders politiques ayant en commun l'usage de la langue française.

À Beyrouth, les pays membres de la francophonie ont été capables d'établir plusieurs consensus sur des dossiers qui témoignent de la maturité atteinte par l'Organisation internationale de la Francophonie (OIF) née en 1985. Bien sûr, certains d'entre eux sont plus fragiles que d'autres et on peut se demander s'ils tiendront longtemps. C'est le cas de la déclaration du sommet réclamant une convention internationale sur la diversité culturelle. Peut-être qu'en cours de route certains, dont le Canada, assoupliront leurs positions devant les pressions des États-Unis, mais il reste que 55 pays disent maintenant d'une seule voix que la culture n'est pas une simple marchandise.

La capacité du sommet d'aborder franchement la question de la démocratisation des États membres de la Francophonie illustre encore mieux la maturité de l'OIF. Certes, il est facile de faire des gorges chaudes du nombre de dictateurs qui participent à ses sommets comme on le fait volontiers dans la presse de droite du Canada anglais. S'en tenir à ce seul fait serait ignorer que le respect des droits de l'homme est un débat sans fin. Ce n'est pas parce que le Commonwealth a une plus grande maturité qu'il réussit mieux que la Francophonie à ce sujet. Rappelons-nous les débats récents sur les élections au Zimbabwe.

Jean Chrétien soulignait jeudi dernier en arrivant à Beyrouth que seule une lente pédagogie permet de réaliser des progrès sur cette question du respect des droits et libertés par tous les États membres de la Francophonie. Il aura fallu cinq ans de débats, soit depuis le sommet de Hanoï où la question avait été soulevée par le premier ministre Lucien Bouchard sous les regards réprobateurs de la France, pour que tous acceptent de se soumettre à des critères démocratiques minimaux. Cela témoigne d'une volonté politique nouvelle.

La prochaine étape sera la création d'un observatoire de la démocratie comme l'évoquait le nouveau secrétaire général de l'OIF, Abdou Diouf dont il faut souligner l'origine. De la démocratie en Afrique, celui-ci a une expérience qui l'honore. Il a été pendant 17 ans président du Sénégal qu'il a ouvert au multipartisme. Mieux que d'autres, il peut porter les engagements pris à Beyrouth.

D'abord lieu de rencontre, la Francophonie est maintenant un lieu de débats, ce qui donne un tout autre sens à son existence. Conçue à l'origine comme une entreprise culturelle, elle devient peu à peu une entreprise politique. On prêtera davantage attention à sa voix sur la scène internationale maintenant qu'elle s'engage.