Les dégâts coréens

En plus d'avoir provoqué l'émoi que l'on sait dans les relations internationales, les tirs de missiles coréens ont causé certains dégâts dans l'univers économique. L'agacement profond que ces essais ont provoqué a hissé le prix du pétrole à son sommet des 25 dernières années (75 $ le baril). Quoi d'autre? Ils ont injecté une bonne dose de nervosité sur les places boursières. Notamment, on s'en doute, en Asie.

Au Japon, le choc a secoué avec tant de rudesse le monde des affaires qu'un transfert notable des investissements boursiers vers ces valeurs refuges que sont l'or et le dollar américain a été enregistré. Les dirigeants de la banque centrale du Japon sont même allés jusqu'à laisser entendre que l'augmentation envisagée du loyer de l'argent — à l'heure actuelle, le taux à court terme est toujours à... 0 % — serait probablement reportée.

Pour beaucoup, c'est à retenir, la hausse prévue, voire souhaitée, même si elle devait être de 0,25 %, avait une valeur symbolique aussi réelle qu'importante: elle devait confirmer ou plutôt consacrer le fait que le Japon s'était enfin libéré de la léthargie économique qui pèse sur l'archipel depuis une bonne dizaine d'années. Autant dire que les Japonais sont de très mauvaise humeur. Les Coréens du Sud également, et pour des raisons quasi analogues.

Hier, les dirigeants nord-coréens ont poursuivi la provocation en affirmant officiellement que d'autres essais auraient lieu sous peu. Résultat économique? Les prix de l'or noir ont peu bougé. Ils frôlent toujours le record enregistré il y a deux jours. Bien des analystes craignent désormais qu'ils n'atteignent les 80 $ avant la conclusion de l'été et les 100 $ avant la fin de l'année. En fait, on a désormais la certitude que la progression du coût du pétrole va aller plus vite que celle anticipée avant le «coup» coréen.

Aux États-Unis, même si la Réserve fédérale colle comme d'habitude à son souci de discrétion, la majorité des bonzes de Wall Street s'attend à ce que la banque des banques commande une autre hausse de son taux à court terme dès le mois prochain. Et ce, dans le but de parer aux effets inflationnistes inhérents à la majoration de l'or noir au cours des derniers jours.

Si l'atmosphère qui plane au-dessus de l'univers économique est quelque peu morose ces temps-ci, c'est évidemment en raison de la divergence qui existe entre les membres du Conseil de sécurité sur cette affaire. Autant le Japon que les États-Unis sont partisans d'une riposte ferme — l'imposition rapide de sanctions économiques —, autant la Chine et le Russie y sont opposées. Ambassadeur des États-Unis à l'ONU, John Bolton milite en faveur d'une «résolution contraignante».

Il est écrit dans le ciel que cette divergence de vues entre les pays du Conseil de sécurité aura un écho sur le groupe des six chargé de trouver une issue au dilemme que pose la Corée du Nord. La raison en est simple: la Chine, la Russie, les États-Unis et le Japon ainsi, évidemment, que les deux Corées composent le groupe des six.

Pour l'instant, le réflexe du monde économique s'avère une traduction quantifiée de l'impasse dans laquelle se trouvent actuellement les dirigeants politiques. Forts de l'expérience iranienne, les acteurs financiers s'attendent à des discussions sans fin.

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