Le tir coréen

La réaction du Japon aux tirs de missiles effectués par la Corée du Nord a été particulièrement vive. Celle de la Corée du Sud l'a été tout autant. D'abord, le Japon a forcé une réunion d'urgence du Conseil de sécurité des Nations unies afin que soit étudiée avec diligence l'imposition de sanctions économiques fortes. Ensuite, les dirigeants japonais et sud-coréens ont coordonné leurs actions afin de suspendre immédiatement toute aide alimentaire, tout lien aérien et tout investissement. En deux mots, la tension est aujourd'hui plus prononcée qu'elle l'avait été lors des précédents tirs nord-coréens, en 1998.

La date choisie pour les essais de cette semaine, le 4 juillet, fête nationale des Américains, n'était évidemment pas fortuite. Sa signification? Bien des voix influentes aux États-Unis jugent qu'en agissant comme elle l'a fait, la Corée du Nord a voulu réitérer sa ferme volonté de négocier directement une sortie de crise avec les États-Unis et non plus avec le groupe des six (Russie, Japon, Chine, les deux Corées et les États-Unis).

À cet égard, la position de l'administration Bush est restée ce qu'elle était: il n'est pas question de laisser la Corée du Nord modifier à sa guise un mécanisme et un calendrier des pourparlers auxquels elle avait adhéré. Une fois encore, les États-Unis ont sommé le dictateur Kim Jong-il de retourner à la table des négociations, qu'il boude d'ailleurs depuis septembre dernier.

Toujours à Washington, on estime que l'exercice d'avant-hier va renforcer le camp des faucons qui militent pour un renversement pur et simple de Kim Jong-il alors que les autres escomptent que cela va suffisamment agacer la Chine pour la forcer à sortir de sa position mi-figue, mi-raison. Hier, les dirigeants chinois, qui ont un poids évidemment énorme dans cette histoire, ont critiqué la Corée du Nord tout en l'invitant à reprendre les discussions.

Chose certaine, l'attitude adoptée hier par le Japon n'est guère éloignée de celle des faucons. Il faut dire que Tokyo est dans une situation très inconfortable. Plus exactement, sur le plan militaire, ce pays est à la croisée des chemins. Entre les coups de semonce de la Corée et le désengagement prévu de troupes américaines dans la région, le Japon est pour ainsi dire condamné à se doter d'une défense apte à répondre aux défis qui se posent aujourd'hui et qui se poseront immanquablement demain.

Il faut aussi savoir que le Pentagone a décidé de réduire le nombre de soldats présents dans les environs, voire de fermer certaines bases. Le motif? Les récents développements technologiques font en sorte qu'il n'est plus nécessaire pour les Américains d'avoir autant de troupes, à l'étranger s'entend, qu'ils en ont à l'heure actuelle. La soustraction de contingents au Japon a d'ailleurs commencé.

Résultat net? Entre ce redéploiement militaire américain et la menace coréenne, le réarmement du Japon semble inévitable. L'horizon asiatique sent le soufre.

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