La tête de GM

Coup de théâtre énorme dans l'industrie automobile: un actionnaire de GM concocte une alliance avec le président d'une compagnie concurrente avant d'en informer la direction de la société dans laquelle il détient des parts. L'actionnaire? Kirk Kerkorian. Le président? Carlos Ghosn, de Renault-Nissan. À la direction de GM? Richard Wagoner. Ce trio d'acteurs très influents de la sphère économique amorce ces jours-ci ce qui s'annonce comme le feuilleton financier de l'été, voire de l'année. Détaillons.

L'idée de faire un appel du pied en direction de Ghosn appartient à Jerome York. Ex-patron des finances d'IBM puis de Chrysler, il est le fondé de pouvoir de Kerkorian au sein de GM, où il occupe un siège au conseil d'administration. En invitant Ghosn à s'introduire dans le premier constructeur automobile du monde, York poursuit un objectif: obtenir la tête de Wagoner. Les uns et les autres ont beau employer un langage policé, ils ne font pas illusion. On le répète: ce qui est recherché, c'est le renvoi de Wagoner.

Le duo York et Kerkorian veut cela parce qu'il est déçu, pour ne pas dire très agacé, par la performance de GM au premier trimestre de l'exercice en cours, après une année — 2004-05 — au cours de laquelle des pertes se comptant en milliards de dollars ont plombé durablement les livres de la compagnie. Le duo veut donc, en plus de la démission de Wagoner, révolutionner la haute administration de GM. À cet égard, il faut préciser que les cadres supérieurs de GM ont été mis au courant du plan York-Kerkorian en même temps que les médias.

Maintenant, pourquoi ce recours à Ghosn? L'homme s'est fait une grande réputation grâce à sa maîtrise méticuleuse des réductions de coûts. Après avoir relevé Volkswagen, il a bouleversé les us et coutumes qui avaient cours chez Nissan pour en faire une entreprise rentable. On se rappellera que Renault est le principal actionnaire de Nissan (44 % des actions avec droit de vote).

Toujours est-il qu'avant que Kerkorian et York n'approchent Ghosn, ce dernier fut approché par Ford. Dans l'histoire d'aujourd'hui, cet épisode est riche d'enseignements. En effet, si Ghosn a fini par dire non, c'est que Ford, la famille Ford, ne voulait pas que son pouvoir sur la gestion quotidienne de l'entreprise soit gommé, ne serait-ce qu'en partie. Et alors? Ce que veulent Kerkorian et York, c'est justement un changement en profondeur de la haute direction de GM et une nouvelle répartition des pouvoirs qui passe, d'après eux, par la venue d'un homme à poigne.

Si les administrateurs de Renault et Nissan ont répondu positivement à l'invitation qui leur a été faite, cela ne veut pas dire que le mariage sera célébré dans les semaines qui viennent. Il se peut même que le tout implose avant la publication des bans. De toute manière, pour Kerkorian et York, une partie de l'objectif a été atteint: les membres du conseil d'administration ont convenu de discuter du leadership de Wagoner et des siens lors d'une réunion extraordinaire le 7 juillet. En un mot, les jours du p.-d.g. de GM sont comptés.

LE COURRIER DES IDÉES

Recevez chaque fin de semaine nos meilleurs textes d’opinion de la semaine par courriel. Inscrivez-vous, c’est gratuit!


En vous inscrivant, vous acceptez de recevoir les communications du Devoir par courriel. Les envois débuteront la fin de semaine du 19 janvier 2019.