Les maires grévistes

Les maires des municipalités de Brossard, Saint-Bruno et Saint-Lambert ont encore une fois fait dérailler le processus d'adoption du budget du conseil d'agglomération de Longueuil qui, en leur absence, n'a pas pu se réunir lundi soir. Leur objectif était moins d'empêcher un vote décisif sur le budget, qui sera de toute façon décrété par la Commission municipale du Québec, que de pousser à son extrême limite leur logique de défusion.

La stratégie suivie par ces trois maires relève de la dérobade. Survenant en d'autres lieux, leur geste serait qualifié de grève illégale. L'avis de convocation de cette assemblée avait été donné en bonne et due forme et la nouvelle version du budget leur avait été remise, certes à la veille du congé mais avec suffisamment de temps pour l'étudier, ce qu'avait quant à elle fait la mairesse de Boucherville, qui se présentait à cette réunion avec l'intention de soumettre des amendements. Refuser ainsi de participer à des instances où ils représentent leurs concitoyens est inacceptable de la part d'élus.

La mauvaise foi de ces trois maires est évidente. N'acceptant toujours pas qu'une partie de leurs responsabilités soit restée à l'agglomération après leur séparation de Longueuil, ils veulent retrouver la pleine autonomie de leurs municipalités. Depuis le début de l'année, ils se sont opposés avec la mairesse de Boucherville au budget d'agglomération préparé par Longueuil sous prétexte que celui-ci entraînerait des augmentations injustifiées de taxes foncières. Initialement de 258 millions de dollars, celui-ci a été ramené à 250 millions, puis à 240 millions à la suite de l'intervention de Québec. On ne peut pas prétendre que Longueuil n'a pas fait preuve d'ouverture.

Ensemble, les quatre villes défusionnées avaient le gros bout du bâton grâce à la règle de la double majorité imposée par Québec pour l'adoption du budget. À elles quatre, elles ont la majorité dite de la valeur foncière alors que Longueuil détient celle de la population. Pour briser l'impasse actuelle, la ministre des Affaires municipales, Nathalie Normandeau, avait décrété que, pour la réunion de lundi soir, une majorité représentant 66 % de la population de l'agglomération suffirait. Avec Boucherville qui semblait être incline à voter avec Longueuil, les dissidents n'avaient d'autre choix que de se ranger ou de provoquer une absence de quorum.

Que gagneront les maires de Brossard, Saint-Bruno et Saint-Lambert en laissant la Commission municipale décréter le budget de l'agglomération? Rien, si ce ne sont de légers aménagements qui ne changeront pas l'addition. Leurs contribuables n'échapperont pas aux augmentations de taxes qui les attendent et qui, au surplus, intégreront les intérêts payés sur les emprunts effectués en attendant que les comptes de taxes soient envoyés. Les maires dissidents voudraient que Québec assume cette facture qui ne lui appartient surtout pas. Il leur revenait d'accepter les règles du jeu et de s'y plier.

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Pénibles, ces derniers mois l'auront été pour la Rive-Sud, où plusieurs voudraient qu'on revoie l'architecture du conseil d'agglomération. Si vice de forme il y a, il faut convenir qu'il se trouve dans ce principe de double majorité obtenu par les villes dissidentes qui craignaient que Longueuil ne se prévale de son poids démographique pour leur refiler la facture de son développement. Qu'on transforme le conseil d'agglomération ne changera rien au problème actuel si cette mesure demeure. En démocratie, le seul principe acceptable reste celui du «un citoyen, un vote», sans égard à sa richesse. S'il faut des garde-fous, il faudra les trouver ailleurs que dans une règle aussi paralysante qu'une double majorité.

bdescoteaux@ledevoir.ca

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