Les vacances d'André Boisclair

Le compte à rebours en vue des prochaines élections générales au Québec est enclenché. Même si le premier ministre Jean Charest jongle avec plusieurs hypothèses, la désorganisation relative dans laquelle se retrouve le Parti québécois pourrait le pousser à opter pour un scrutin dès l'automne prochain. Pour André Boisclair, la pression n'en sera que plus grande au cours des prochains mois.

C'est presque un truisme de dire que le nouveau chef du Parti québécois n'a pas la stature de ses prédécesseurs. Étant jeune, il ne peut pas avoir l'expérience, la maturité et l'autorité d'un Jacques Parizeau ou d'un Lucien Bouchard. D'une certaine façon, il a les défauts de ses qualités. Un changement de génération s'imposait à la tête de ce parti, et une majorité de militants a cru, au moment d'élire le successeur de Bernard Landry, que la jeunesse d'André Boisclair constituait un handicap bien relatif devant le premier ministre Charest, lui-même affligé d'une impopularité personnelle persistante.

Depuis sept mois qu'il assure la direction de son parti, André Boisclair n'a toutefois pas fait la démonstration qu'il serait un adversaire de force égale devant Jean Charest. Alors que ce dernier manifestait sa capacité de rebondir, le chef péquiste manifestait plutôt une propension à s'enfoncer. La manifestation la plus récente de cela est la mollesse de sa réaction au rapport Moisan, qui a confirmé que le Parti québécois avait sciemment reçu des contributions illégales de la part de la firme Groupaction de Jean Brault. Plutôt que de prendre le taureau par les cornes, il a choisi la négation de ce qui est accepté comme un fait.

Certains diront qu'il ne faut pas juger trop sévèrement M. Boisclair, dont on espère que l'instinct s'affirmera avec le temps. Pour le moment, on peut seulement observer que ses adversaires arrivent facilement à profiter de ses erreurs de jugement. Sa décision de ne pas entrer à l'Assemblée nationale à la première occasion a permis au premier ministre Charest de créer la perception selon laquelle son vis-à-vis se défilait. Ce sentiment a été vite partagé par la population en général, y compris par les électeurs péquistes, à tel point qu'il a dû changer son fusil d'épaule.

On ne peut pas attribuer les réactions du chef péquiste à un manque d'assurance. Le problème est plutôt inverse. Convaincu de sa supériorité sur le premier ministre, il croyait pouvoir se permettre de ne pas en tenir compte au profit d'une tournée des chambres de commerce du Québec. Sans trop de difficultés, Jean Charest l'a attiré dans ses filets, le coinçant tout l'été dans Pointe-aux-Trembles avec une élection complémentaire surprise le 14 août.

Difficile, l'arrivée d'André Boisclair à la tête du Parti québécois l'a été encore plus au sein même de sa formation où, rapidement, on a découvert que son leadership ne correspondait pas aux attentes qu'il avait su susciter. Les premiers à critiquer ouvertement son manque de profondeur intellectuelle ont été des souverainistes. La critique la plus dure est venue il y a tout juste quelques semaines de la bouche de Bernard Landry, celui-là même qui, il y a un an, le voyait comme son successeur naturel, si ce n'est comme son fils spirituel. Aujourd'hui, il n'hésite pas à dire publiquement qu'il réserve son jugement. Nombreux sont ceux dans ce parti à penser comme lui.

Il y a au Parti québécois quelques personnes qui regrettent à ce point leur choix qu'elles se demandent s'il ne faudrait pas changer de chef avant qu'il ne soit trop tard. Des militants libéraux pensaient de même en 2002 alors que leur parti était éclipsé par l'Action démocratique. Les péquistes déçus d'André Boisclair n'ont pas d'autre choix que de faire comme les libéraux déçus de Jean Charest l'ont fait et de se rallier. Mettraient-ils leur projet à exécution que le premier ministre actuel se dépêcherait de profiter de la situation pour déclencher des élections hâtives.

L'élection partielle dans Pointe-aux-Trembles sera l'occasion pour le chef péquiste de faire oublier ses sept premiers mois difficiles et de faire mentir ses détracteurs. Il lui faudra toutefois faire preuve d'adresse car cette élection a été conçue comme un piège. Ne présentant pas de candidat, le Parti libéral le laisse occuper seul une scène que tous les médias en manque de nouvelles en période estivale couvriront avec une attention soutenue. Son défi consistera non pas à remporter ce siège, ce qui est assuré, mais à se révéler. Il lui faudra montrer qu'il a une vision de l'avenir de la société québécoise et qu'il a la capacité de la mettre en oeuvre. Autrement, les prochaines étapes se révéleront pénibles pour lui alors qu'il lui faudra préparer une plate-forme électorale mariant à la fois programme de pays et programme de gouvernement, puis recruter une équipe de candidats suffisamment solide pour faire oublier ses lacunes comme chef. Contrairement à Jean Charest, il n'aura pas droit à des vacances cet été.

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