Et les autres voleurs ?

Le jury a tranché: Charles Guité est coupable d'avoir fraudé le gouvernement fédéral pour une somme de 1,6 million de dollars au profit de l'agence de communication Groupaction. Après Paul Coffin et Jean Brault, Charles Guité est donc le troisième personnage à subir les conséquences du scandale des commandites. Mais on attend toujours que d'autres accusations soient portées, notamment contre des proches du Parti libéral du Canada qui s'en tirent beaucoup trop facilement jusqu'ici.

Le jury venait à peine de reconnaître Charles Guité coupable des cinq accusations de fraude qui pesaient contre lui que le juge Fraser Martin ordonnait son incarcération. L'ancien haut fonctionnaire ne connaîtra sa sentence que plus tard, ce qui n'a pas empêché le juge de le priver de sa liberté dès maintenant à cause de la gravité de la faute.

Voilà qui contraste avec la décision d'un autre juge, Jean-Guy Boilard, qui n'avait même trouvé raisonnable d'imposer la prison à Paul Coffin, une légèreté que la Cour d'appel est venue corrigée par une peine de 18 mois d'internement.

Dans le cas de Charles Guité, l'homme est passible de 14 ans de prison pour chaque chef d'accusation, mais il serait surprenant que sa sentence dépasse cinq ans, son co-accusé dans la même affaire, Jean Brault, ayant écopé de 30 mois après avoir plaidé coupable aux mêmes accusations. Aux dires de la Couronne, le cas de M. Guité est différent puisqu'il était en situation d'autorité. Il n'empêche que le réseau de fraudeurs qui usaient de leurs contacts au sein du Parti libéral du Canada pour s'en mettre plein les poches était loin de jouer un rôle passif. Au contraire, comme la commission Gomery l'a démontré, ces propriétaires d'agences de communication étaient tous très conscients de ce qu'ils faisaient.

Dans le cas précis de Groupaction, Charles Guité lui avait attribué pour plusieurs millions de contrats, dont au moins cinq d'entre eux étaient tout à fait bidons. On se rappelle notamment le fameux rapport facturé trois fois qui se voulait un plan de visibilité mais qui ne contenait qu'une liste aléatoire d'événements susceptibles d'être commandités. Dans chaque cas, les membres du jury ont conclu que M. Guité n'a pas seulement enfreint les règles, il a carrément fraudé le gouvernement.

Une fois à la retraite, il a pu profiter personnellement de cadeaux de grande valeur accordés par ses amis du milieu des communications, ce qui pourrait en soi justifier son comportement pendant ses années au service de l'État. Pourtant, cela ne suffit pas pour expliquer comment un fonctionnaire a pu se retrouver ainsi responsable de la gestion arbitraire d'autant d'argent sans que le personnel politique en ait eu connaissance.

Lors du témoignage d'une ancienne secrétaire de M. Guité, on a démontré que des millions de dollars étaient transférés à son service par divers ministères. Invitée à expliquer ces transferts, la femme s'est limitée à dire qu'il s'agissait d'une décision conjointe de divers ministres. En somme, tout le monde lui confiait de l'argent pour mousser la visibilité du Canada, même le bureau du premier ministre le considérait comme le « pape » de la publicité au sein de l'appareil gouvernemental, mais personne n'était préoccupé de ses méthodes de travail, de son réseau de connaissances ou même du résultat?

Le scandale des commandites n'a pas fini d'alimenter la chronique puisque très peu d'individus directement impliqués ont fait l'objet d'accusations criminelles. Il y a bien ces poursuites au civil intentées pour récupérer une partie des 100 millions volés, mais pour le reste, il serait inacceptable que quelques acteurs seulement de cette vaste fraude aient à subir un procès en cour criminelle.

Hier, le procureur dans la cause de M. Guité, Me Jacques Dagenais, a laissé entendre que les enquêtes se poursuivaient et que d'autres affaires suivraient. Tant mieux, car plus le temps passe, plus les hésitations des corps policiers et de la Couronne laissent perplexe. Si plus de 100 millions de dollars de fonds publics ont été détournés, il faut qu'il y ait eu d'autres fraudeurs que les seuls Charles Guité, Jean Brault et Paul Coffin à s'être remplis les poches. Et comme tout cet argent était dépensé à des fins très politiques, il est impossible qu'un simple fonctionnaire ait été le seul coupable d'avoir détourné autant de fonds publics au profit d'une poignée d'agences de communication et d'amis du parti au pouvoir.

j-rsansfacon@ledevoir.com

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2 commentaires
  • Ben Bergeron - Inscrit 7 juin 2006 15 h 53

    Que des boucs emmissaires.

    Les pions qui ont ete trouves coupables ne sont que des boucs emmissaires. Comment ce fait t'il qu'on ne parle plus du gros Galliano, de Jean Chretien..? Ne sont t'il pas les vrais coupables.? Que de mediocrite.

  • Claude L'Heureux - Abonné 8 juin 2006 18 h 54

    Derrière la fraude

    Il ne faut pas se borner à parler des fraudeurs (voleurs) il faut aussi se demander ce qui se cachait derrière. Pourquoi toute la machine (libérale de Jean Chrétien) fermait-elle les yeux (ou regardait ailleur malgré l'insistence du Bloc) sur les agissements de Charles Guité (le pape) si ce n'est que celui-ci donnait la becqué au PLQ et PLC pour "faire la guerre au Québec? Là est la vrai, la seule question qui doit préoccuper toute la classe politique québécoise.