La Caisse dans la tourmente

Depuis quelques semaines, la Caisse de dépôt et placement a un nouveau président en la personne de Henri-Paul Rousseau. Le professeur de sciences économiques devenu président de la Banque Laurentienne accède à la direction de la Caisse à un moment très difficile alors que le «bas de laine des Québécois» est sur le point d'enregistrer un rendement négatif pour la seconde année consécutive.

L'an dernier, la Caisse de dépôt, qui gère plus de 125 milliards d'actifs, a réalisé un rendement négatif de 5 %. C'est dire que les déposants à la Caisse que sont la Régie des rentes du Québec, la Société d'assurance-automobile, la CSST ou les régimes de retraite des 420 000 employés de l'État se sont appauvris à cause de cette contre-performance. À elle seule, l'aventure de la Caisse dans l'achat de Vidéotron a forcé l'institution à rayer plus de un milliard d'actifs. Mais Vidéotron n'est qu'un des facteurs qui expliquent le rendement négatif puisque tous les indices boursiers poursuivent la descente aux enfers entreprise il y a deux ans.

Le nouveau président ne peut pas être tenu responsable de la mauvaise tenue de la Caisse, mais c'est à lui qu'il revient désormais de gouverner dans la tempête. Car, comme il l'a lui-même souligné en table éditoriale au Devoir, il s'agit bien «d'une tempête» dont on ne sait trop quand elle se terminera.

L'emploi étant à son mieux et la croissance économique n'ayant ralenti que légèrement au pays, la majorité des gens sont peu conscients de la tourmente qui, croient-ils, affecte uniquement les mieux nantis. Or il n'en est rien. La crise des marchés boursiers risque d'affecter tout le monde de diverses façons, et ce, plus tôt qu'on ne le pense. À court terme notamment, toutes les entreprises qui offrent des régimes de retraite à prestations déterminées devront regarnir leur caisse en puisant dans des profits déjà trop bas. Puis, d'ici quelques années, la plupart des régimes de retraite publics et privés devront revoir les conditions de cotisation et les avantages offerts pour qu'ils correspondent à des taux de rendement du marché qui ne sont plus de 10 % ou davantage, mais plutôt de 4 ou 5 %. Cela risque de faire mal.

C'est donc dans un contexte fort difficile que le nouveau président Rousseau reprend la barre laissée par son prédécesseur des années fastes, Jean-Claude Scraire. Indépendant de fortune, M. Rousseau prétend avoir les coudées franches pour gérer la boîte à l'abri des influences politiques. Mais compte tenu d'un conseil d'administration hautement politisé qui compte dans ses rangs des hauts fonctionnaires de l'État et même les présidents des grandes centrales syndicales, on peut se demander jusqu'à quel point il pourra résister aux messages pas toujours subtils des élus qui se considèrent comme les vrais patrons de la Caisse.

Une chose est certaine, dans la conjoncture actuelle, la Caisse ne peut se permettre aucune erreur stratégique susceptible d'affecter son rendement. M. Rousseau en est conscient, lui qui a choisi de geler l'embauche et de réduire les dépenses de l'organisation, ne serait-ce que pour absorber les augmentations de coût du loyer causées par le déménagement prochain dans un complexe tout neuf de la cité internationale. Encore plus important, le président entend mettre en place de nouvelles mesures d'évaluation des activités de la Caisse dont on pourra juger de la pertinence au rendement généré par ses gestionnaires. Du jugement, il en faudra beaucoup pour réajuster le tir en fonction de la conjoncture actuelle afin de ramener la performance de la Caisse dans cette zone positive absolument nécessaire pour livrer les services promis aux citoyens du Québec.