Une farce

Maître de l'auto-amnistie, le président du Conseil, Silvio Berlusconi, vient d'écoper d'une amende infligée par l'équivalent italien du CRTC. Celui-ci a jugé que le chef du gouvernement avait abusé de son statut de propriétaire du plus important réseau privé de télévision. Au cours des deux derniers mois, Berlusconi a multiplié les présences sur l'écran en s'invitant à une foule d'émissions. Du show de variétés à la retransmission d'un match de football en passant par la confection de la mayonnaise, Berlusconi s'est introduit partout pour mieux s'emparer évidemment du micro. À quelle fin? Vendre sa salade, la politique s'entend.

Plus exactement, on reproche au clown de l'Union européenne (UE) d'avoir usé jusqu'à la corde d'un des règlements qui balisent l'exercice politique en campagne électorale. Lorsqu'il y a dissolution du Parlement, donc amorce de la bataille électorale, le temps accordé par les télévisions à chaque camp est compté à l'aune de l'égalité. Qui plus est, dans toute émission, tout candidat est confronté à un contradicteur. Et comme un scrutin sera tenu au début du printemps, Berlusconi a décidé d'être omniprésent dans les semaines antérieures au début officiel du combat politique.

Deux jours avant que cette amende ne soit annoncée, le ministre des Réformes institutionnelles et membre d'un parti qui a fait de la xénophobie son fonds de commerce, la Ligue du Nord, a fait un appel solennel au pape Benoît XVI. À ce dernier, il a demandé de prendre exemple sur Pie V et Innocent XI, qui n'avaient pas craint de partir en croisade on sait où. Pour le ministre chargé, on le répète, des institutions, il est temps que le pape et les gouvernements européens se lèvent pour «vaincre ces gens-là [les musulmans] par la force».

De ces histoires, au fond, il ne faut pas s'étonner. Elles sont le fait d'un gouvernement qui, depuis son élection, il y a près de quatre ans, a fait la preuve à maintes reprises qu'il considérait le pays comme sa propriété. Les Le Pen italiens ont d'ailleurs réussi un prodige: ils agissent à leur guise et à visage découvert sans qu'on y trouve à redire. À croire que la dérive dangereusement populiste de Berlusconi et sa bande séduit un nombre imposant d'Italiens.

N'oublions pas que le président du Conseil et première fortune du pays a fait voter une loi d'amnistie fiscale dans le seul but de se dédouaner. Moyennant un modeste débours de 2000 euros et des bagatelles, Berlusconi, sans compter tous ceux qui ont sauté sur les avantages de cette loi, a nettoyé d'un coup toutes les magouilles fiscales exercées pendant cinq ans.

Voilà donc un gouvernement comprenant les racistes de la Ligue du Nord, les fascistes de l'Alliance nationale, sans oublier évidemment les membres de Forza Italia, et qu'apprend-on? Il n'est pas certain qu'il sera battu par le centre gauche. À croire que l'Italie conjugue la politique avec le comique troupier.

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