Flou palestinien

La formation du gouvernement de l'Autorité palestinienne traîne en longueur. Entre les discours contradictoires des dirigeants du Hamas et les luttes intestines qui ont cours au Fatah, l'organisation du cabinet s'avère beaucoup plus laborieuse que prévu. En témoigne la réunion au sommet tenue au Caire, qui n'a débouché sur rien. Absolument rien.

Commençons avec le Fatah. Chef de ce parti mais surtout président de l'Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas fait une lecture du résultat des récentes élections qui diverge quelque peu de celle du Hamas. Selon son analyse, en élisant 74 députés, les Palestiniens ont sanctionné la gestion des affaires, notamment la corruption de certains notables, mais pas la présidence comme telle.

De fait, Abbas pense ceci: la politique étrangère demeurant la chasse gardée de la présidence, il est habilité à poursuivre les discussions avec Israël et les membres du quartet (ONU, Union européenne, États-Unis et Russie) sans assujettir celles-ci au bon vouloir du Hamas. Qui plus est, Abbas estime encore et toujours que les services de sécurité, tous dirigés par des membres du Fatah, doivent rester sous la coupe du président.

Restons au Fatah. Depuis la victoire des fondamentalistes, leurs dirigeants ont invité à plus d'une reprise le Fatah à participer au gouvernement. Si Abbas et ses proches se montrent toujours hésitants à cet égard, il en va tout autrement avec la base. En effet, la grande majorité des militants du Fatah tient mordicus à suivre une cure dans l'opposition. Elle juge qu'ainsi, elle sera davantage en mesure de renouveler les cadres et de se confectionner une certaine virginité politique.

Du côté du Hamas, on louvoie à un point tel que le discours est illisible. Dirigeant en exil du Hamas, Khaled Mechaal a annoncé lors d'une entrevue communiquée lundi qu'il est prêt à négocier une longue trêve avec Israël, moyennant évidemment certaines concessions de Tel-Aviv. Qu'a-t-il affirmé deux jours plus tard? Qu'il n'est pas question de gommer l'article de la charte de son mouvement stipulant qu'Israël doit être détruit.

Simultanément, le président russe Vladimir Poutine s'est dit prêt à recevoir la direction du Hamas si celle-ci donne des gages tendant à la reconnaissance d'Israël. Ismaïl Haniyé, qui fut la tête de liste du Hamas aux dernières législatives et qui est donc un dirigeant de l'intérieur, a indiqué que si Poutine officialisait cette invitation, il se rendrait à Moscou.

Comme il fallait s'y attendre, le Hamas éprouve bien des difficultés à conjuguer son radicalisme avec la realpolitik. D'autant que financièrement, les caisses étant vides, il est tributaire des sommes accordées principalement par l'Union européenne qui, incidemment, a été la cible, en territoire palestinien, des violentes manifestations causées par l'affaire des caricatures. À croire que le Hamas vient tout juste de comprendre que l'argent est le nerf de la guerre.

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