Pot-pourri délirant

Coup sur coup, depuis une semaine, plusieurs faits divers déconcertants se rapportant au monde municipal ont abouti dans les médias. Prenons quelques minutes pour faire une visite guidée de ce cirque qui a de quoi déprimer même les plus ardents défenseurs du service public.

À tout seigneur tout honneur: commençons par Pierre Lortie, qui était jusqu'à tout récemment président du Comité de transition pour la reconstitution des arrondissements défusionnés de l'île de Montréal. Hier après-midi, une équipe de Radio-Canada a surpris notre homme à la sortie d'une rencontre des maires de banlieue où il a été question de stratégie de contestation du budget de l'agglomération de Montréal. Interrogé, M. Lortie a candidement avoué agir à titre de conseiller pour les maires «sur un certain nombre de dossiers», un contrat de «quelques semaines». Or la loi n'interdit-elle pas aux membres du comité de transition nommés par Québec de travailler pour les villes concernées pendant deux ans?

On se souviendra que les élus montréalais avaient mis en doute la neutralité du comité de transition et de son président, un bon libéral, soupçonnés d'avantager les villes reconstituées. Aujourd'hui, M. Lortie lui-même leur donne raison. Il y a donc lieu d'exiger de la ministre des Affaires municipales, Nathalie Normandeau, et de la Ville de Montréal qu'elles étudient la possibilité de porter l'affaire devant les tribunaux.
- Autre histoire sulfureuse, à Longueuil cette fois-ci: le comité exécutif sortant, présidé par l'ex-maire Jacques Olivier, a voté une indemnité de départ de 116 000 $ pour le chef de cabinet du maire sous prétexte qu'on allait mettre fin à son contrat... 11 jours avant l'échéance. Cela s'appelle un détournement de fonds publics. Ces gens ont agi en toute connaissance de cause et, contrairement à ce que prétend le nouveau maire, il y a là matière à enquête criminelle. On ne récupérera peut-être jamais l'argent mais, au moins, on punira les responsables de cet abus de bien public.
- À Montréal, un amendement à la charte municipale adopté par l'Assemblée nationale autorise désormais les maires des 19 arrondissements à embaucher du personnel partisan pour les aider. C'est ainsi que The Gazette nous apprenait mardi que l'arrondissement de Ville-Marie (centre-ville) venait d'engager un chef de cabinet pour son maire et de lui accorder un salaire de 95 000 $. Ce poste s'ajoute à ceux de directeur des affaires publiques, aussi payé 95 000 $, de maire et de conseillers.

À ce jour, peu de maires de quartier se sont offert un tel luxe, mais parions que ce n'est qu'une question de temps avant que les 19 maires d'arrondissement n'embauchent chacun leur propre chef de cabinet, leur relationniste, alouette! Une ville, 20 maires, 22 conseils de quartier, 105 élus... du pur délire!
- Pour compléter ce rapide tour de piste, revenons sur cette enquête de filature interne effectuée à la Ville de Montréal et dont les résultats se sont retrouvés à la une du Journal de Montréal hier matin. Cette fois-ci, ce sont neuf vaillants cols bleus qui ont été pris en flagrant délit de vol de temps payé par les Montréalais. Selon l'enquête du Service de vérification de la Ville, ces neuf cols bleus auraient trouvé, collectivement, l'énergie nécessaire pour colmater un grand total de neuf nids-de-poule en dix heures, entre le 23 et le 25 janvier. Le reste du temps, ils se sont baladés en camion et se sont reposés dans des restaurants. Total du temps véritablement travaillé, ma non tropo perque cé ben fatigant: sept heures sur un total de 90 heures.

Chers électeurs, chères électrices, vous sentez la colère et le cynisme vous gagner? Vous avez raison: voilà des gens qui veulent votre bien et qui savent s'organiser pour l'obtenir!

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